Alors que le professeur Godé Mpoyi met en avant la stabilité du franc congolais pour expliquer le déficit budgétaire, une autre voix s’élève avec vigueur : celle du professeur Jo Sekimonyo.
Le faux débat : la monnaie comme écran de fumée
Pour Sekimonyo, la focalisation sur le taux de change est une diversion. La question n’est pas de savoir si le franc tient face au dollar. La vraie question est : à qui profite le budget de l’État congolais ?
Pendant qu’on parle de stabilité monétaire, le pays vit une instabilité sociale chronique :
• chômage massif
• informalité dominante
• absence de protection sociale
• services publics défaillants
La stabilité d’une monnaie ne nourrit pas un peuple. Elle ne soigne pas. Elle n’éduque pas. Elle ne crée pas d’emplois.
Le cœur du problème : un État qui consomme plus qu’il ne construit
Selon Sekimonyo, plus de la moitié du budget national serait absorbé par les institutions politiques :• Présidence • Gouvernement • Parlement • Appareil administratif
D’autres sources affirment que plus de 67 % du budget national sont consacrés au fonctionnement des institutions, tandis que les secteurs sociaux comme l’éducation et la santé ne reçoivent qu’environ 5 % du total.
Autrement dit, l’État consomme la majeure partie des ressources avant même qu’elles n’atteignent la population. Ce phénomène, Sekimonyo le qualifie implicitement de budgétivore, décrivant un système où :
• le budget sert d’abord à faire fonctionner le sommet,
• et seulement marginalement à transformer la base.
On ne parle plus d’un État stratège.
On parle d’un État auto-centré, qui se protège et s’auto-finance.
Une économie politique de rente
Jo Sekimonyo ne s’attaque pas seulement à une analyse technique. Il critique un système économique verrouillé, où :
• Les circuits de pouvoir sont préservés
• Les rentes sont sécurisées
• L’investissement productif est secondaire
Dans cette logique, la stabilité du franc devient un argument politique, presque un slogan. Mais elle ne change rien à la structure de l’économie.
Godé Mpoyi dans le viseur
En visant Godé Mpoyi, Sekimonyo pose une question morale et politique : Peut-on dénoncer un système dont on bénéficie ?
Pour lui, le débat actuel est dominé par ceux qui gravitent autour du pouvoir budgétaire. D’où sa formule cinglante :« Tous aboient. »
Le problème du Congo n’est pas monétaire, il est structurel. Ce n’est pas la stabilité du franc qui appauvrit le peuple. C’est un État budgétivore qui consomme plus qu’il ne redistribue. Un budget qui nourrit d’abord les institutions et laisse le peuple survivre n’est pas un budget de développement. C’est un budget de survie du système.
NGK





