Il fut un temps où l’école, en République démocratique du Congo, incarnait le sanctuaire du savoir, le creuset de l’instruction, de la formation et de l’éducation morale. Un lieu sacré où l’enfant venait façonner son avenir, apprendre la discipline, le respect, l’effort et la responsabilité. Aujourd’hui, ce symbole vacille. Et la tristesse est immense.
Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux a agi comme un électrochoc. On y voit des élèves, assis dans une salle de classe, se livrer à un « challenge » aussi déroutant qu’indécent. La question posée est simple, presque banale dans la bouche de ces jeunes : « Avec combien de personnes es-tu en couple ? »
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Les réponses, elles, glacent le sang. Deux, quatre, cinq, six… L’une affirme être en relation avec deux hommes. L’auteur de la vidéo s’en amuse : « Deux seulement ? C’est peu. » Et la jeune fille acquiesce, sans gêne, sans retenue.
Blague ou provocation ? Peu importe. Car ce que racontent ces enfants, c’est une réalité inquiétante, exposée sans filtre, dans un lieu où elle n’aurait jamais dû éclore : l’école.
Comment accepter qu’une salle de classe devienne un plateau de tournage ? Comment tolérer que le téléphone portable, outil censé servir l’apprentissage, soit transformé en instrument de dérive morale ? Comment expliquer que des vidéos à caractère manifestement immoral soient filmées, partagées, banalisées, sous le regard – ou l’indifférence de l’institution scolaire ?
L’école congolaise semble perdre, jour après jour, ses repères. Elle n’est plus seulement un espace d’instruction, mais devient, trop souvent, le reflet brut des déviances de la rue. Or, l’école ne doit pas suivre la rue. Elle doit la corriger, l’élever, la transcender.
Cette vidéo, qui fait le buzz à travers le pays, doit être condamnée avec la plus grande fermeté. Non pas par pur moralisme, mais parce qu’elle révèle une démission collective. Celle de certains établissements, qui laissent s’installer l’anarchie morale. Celle de responsables scolaires qui ferment les yeux. Et parfois, celle des familles, débordées ou absentes, qui n’encadrent plus suffisamment les comportements et les fréquentations de leurs enfants.
Il revient désormais aux écoles de prendre leurs responsabilités : interdire clairement l’usage incontrôlé des téléphones portables, sanctionner les auteurs de tels agissements, restaurer l’autorité éducative et rappeler la vocation première de l’institution scolaire. Il en va de la crédibilité même de l’école.
Mais la réponse ne peut être uniquement répressive. Elle doit aussi être éducative. L’école doit redevenir un espace de transmission des valeurs : la morale, le respect de soi et des autres, la retenue, la dignité. Car l’avenir d’un pays se prépare sur les bancs de l’école. Et un avenir mal éduqué est un avenir compromis.
Aux parents enfin, le message est clair : l’éducation ne s’arrête pas au portail de l’école. Elle commence à la maison. Veiller au comportement, aux fréquentations, aux contenus consommés par les enfants est un devoir non négociable. Car ce que ces élèves racontent aujourd’hui, devant une caméra, c’est le miroir de ce qu’ils vivent ou de ce qu’ils croient normal.
L’école est l’avenir. Et l’avenir, pour être solide, doit être pris au sérieux, protégé, encadré. La République démocratique du Congo ne peut se permettre de sacrifier ses enfants sur l’autel du buzz et des dérives numériques.
Glad NGANGA





