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Il y a des retraits militaires qui ressemblent à des gestes de paix.
Et il y a des retraits qui sentent la lâcheté politique, l’indifférence stratégique et le mépris humain.
Le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira appartient, hélas, à la seconde catégorie.
Car ce qui choque ici n’est pas seulement le fait du retrait, mais la manière, le timing et surtout le vide qu’il laisse derrière lui. Uvira n’a pas été « libérée » : elle a été déposée à terre, comme un colis gênant dont on se débarrasse sans se soucier de ce qui lui arrivera après.
Le scénario est-il humain ?
Poser la question, c’est déjà y répondre.
Un scénario humain ne traite pas une ville entière comme une variable d’ajustement diplomatique. Un scénario humain ne joue pas avec des centaines de milliers de vies comme on déplace des pions sur une carte de négociation.
À Uvira, ce retrait n’a pas été accompagné d’un plan clair, d’un dispositif de sécurisation crédible, ni d’une garantie réelle pour les civils. Rien.
Ni transition. Ni protection. Ni continuité.
C’est donc un scénario technique, froid, désincarné — un scénario de table ronde, pas un scénario de terrain.
Libérer sans remplacer : l’irresponsabilité d’État
Comment peut-on exiger avec insistance la « libération » d’une entité stratégique comme Uvira sans prévoir une alternative opérationnelle immédiate ?
Uvira n’est pas un village anonyme.
C’est un carrefour économique, social, militaire et symbolique. La retirer d’un acteur armé sans assurer une relève sécuritaire solide, c’est ouvrir la porte au chaos, aux règlements de comptes, aux infiltrations, aux milices opportunistes.
Ce n’est pas une erreur.
C’est une faute.
Une faute de ceux qui négocient loin du bruit des balles, mais dont les décisions résonnent dans les rues abandonnées.
La vie humaine a-t-elle encore un sens pour certains tenants du pouvoir ?
À voir la légèreté avec laquelle Uvira est traitée, la question mérite d’être posée sans détour.
À quel moment la vie du Congolais de l’Est est-elle devenue une donnée secondaire ?
À quel moment a-t-on décidé qu’un peuple pouvait être sacrifié « temporairement » au nom de calculs géopolitiques, économiques ou diplomatiques ?
Car ce retrait ressemble moins à une victoire qu’à un marchandage.
Et dans ce marchandage, le Congolais ordinaire n’est ni autour de la table, ni dans les priorités.
Honte collective : USA, RDC, Rwanda, Afrique
Oui, il faut le dire clairement, sans faux-semblants.
Honte aux États-Unis, qui se présentent en architectes de paix mais ferment les yeux sur les conséquences humaines de leurs pressions diplomatiques.
Honte à la RDC, incapable d’anticiper, de protéger, d’assumer pleinement sa souveraineté sur le terrain.
Honte au Rwanda, acteur central d’un jeu régional dont les civils congolais paient le prix fort.
Honte à certains pays africains, trop silencieux, trop prudents, trop complices par leur mutisme.
Sacrifier un peuple pour sécuriser des intérêts économiques ou stabiliser des équilibres régionaux, ce n’est pas de la realpolitik.
C’est de la déshumanisation politique.
Uvira, symbole d’un État absent
Uvira devient aujourd’hui le miroir cruel de ce que l’Est du Congo subit depuis trop longtemps :
des décisions prises sans le peuple,
des retraits sans protection,
des discours de paix sans justice ni sécurité réelle.
Je suis abasourdi, oui.
Mais plus encore, je suis révolté.
Car un État qui accepte qu’une ville soit rendue sans être réellement reprise,
un État qui tolère que sa population serve de monnaie d’échange,
un État qui confond pression internationale et abdication souveraine,
est un État qui s’éloigne dangereusement de sa raison d’être.
Conclusion
Uvira n’est pas un dossier.
Uvira n’est pas une concession diplomatique.
Uvira est une ville vivante, un peuple debout, une douleur réelle.
Et tant que les décisions continueront d’être prises contre la vie humaine plutôt que pour elle, la paix restera un mot vide, récité dans des salons climatisés, pendant que le Congo saigne.
CLBB





