Présenté comme le levier central de la transformation des territoires ruraux par Félix Tshisekedi, le Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T) traverse aujourd’hui une zone de fortes turbulences. Au cœur des critiques : un blocage financier persistant qui compromet sérieusement l’efficacité du projet sur le terrain.
Des infrastructures construites… mais inutilisables
Dans plusieurs provinces, le constat est alarmant. Plus de 300 centres de santé pourtant achevés restent non opérationnels, faute d’accès à l’eau potable. En cause : l’absence de financement des systèmes de forage, pourtant indispensables au fonctionnement de ces structures.
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Cette situation donne lieu à un paradoxe criant : des bâtiments flambant neufs, mais incapables de remplir leur mission. Écoles sans équipements, centres de santé sans eau, bâtiments administratifs inactifs — autant d’investissements publics aujourd’hui à l’arrêt.
Un programme ambitieux porté par plusieurs agences
Le PDL-145T est mis en œuvre par trois principales structures : le Bureau central de coordination (BCeCo), la Cellule d’exécution des financements en faveur des États fragiles (CFEF) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

À fin mars 2026, le programme affiche pourtant des résultats non négligeables :
- 1 035 ouvrages réalisés, dont
- 619 écoles
- 342 centres de santé
- 74 bâtiments administratifs
Dans le détail :
- La CFEF a exécuté 60,79 % de ses projets
- Le BCeCo, 50,62 %
- Le PNUD, 36,62 %
Malgré ces avancées, le taux d’exécution global reste en deçà des attentes initiales.
Des contraintes logistiques aggravées par le manque de financement
Outre les difficultés d’accès liées au mauvais état des routes rurales — aggravées par les pluies et la dégradation des infrastructures — les agences dénoncent surtout un manque de financement pour accompagner les travaux.
Depuis 2023, des études de réhabilitation des routes de desserte agricole ont été réalisées et validées. Mais, selon plusieurs sources concordantes, les fonds nécessaires n’ont jamais été débloqués.
Ce blocage ralentit, voire suspend, plusieurs chantiers, notamment dans les zones enclavées.
Responsabilités pointées au sommet
Dans ce contexte, les regards se tournent vers le ministère des Finances, accusé de ne pas avoir assuré les décaissements indispensables à la poursuite du programme.
En retour, ce dernier met en cause les agences d’exécution, évoquant des retards dans la mise en œuvre. Une position que certains observateurs qualifient de « fuite en avant », au regard des problèmes structurels de financement.
Une population de plus en plus révoltée
Sur le terrain, la frustration est palpable. Dans plusieurs territoires, les populations dénoncent des « éléphants blancs » : des infrastructures visibles mais inutilisables.
À Ngandanjika, un membre de la société civile déplore :
«Nous voyons ces bâtiments, mais ils ne servent à rien. C’est incompréhensible. »
Même son de cloche à Inongo, où une habitante souligne les conséquences directes :
« Les centres de santé étaient censés nous rapprocher des soins. Aujourd’hui, les femmes enceintes continuent de parcourir de longues distances au péril de leur vie. »
Une question de redevabilité publique
Au-delà des chiffres et des infrastructures, c’est désormais la question de la gouvernance qui se pose. Le PDL-145T, censé incarner la politique de proximité du chef de l’État, se retrouve fragilisé par des dysfonctionnements financiers et administratifs.
Pour plusieurs analystes, l’enjeu dépasse désormais l’exécution technique du programme :
- il s’agit de déterminer clairement les responsabilités dans ce blocage qui pénalise directement les populations bénéficiaires.
Dans un contexte où les attentes sociales restent élevées, l’avenir du PDL-145T dépendra largement de la capacité des autorités à lever les contraintes financières et à restaurer la confiance autour de ce projet stratégique.
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