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Il y a des défaites qui se digèrent.
Et il y a des défaites que l’on refuse, quitte à convoquer le droit pour maquiller l’amertume.
La plainte officielle déposée par la Fédération nigériane de football contre la RD Congo devant la FIFA appartient clairement à la seconde catégorie. Elle n’est ni une surprise, ni une révélation : elle était annoncée, préméditée, presque scénarisée. Et c’est précisément cela qui pose problème.
Car au-delà du droit, il y a l’éthique du sport.
Et au-delà des règlements, il y a le fair-play.
Le Nigéria invoque la question de la double nationalité, citant certains joueurs congolais, au premier rang desquels Aaron Wan-Bissaka, pour tenter d’obtenir une victoire sur tapis vert. Une démarche juridiquement fragile, sportivement discutable, et moralement regrettable.
Pourquoi ?
Parce que le débat est volontairement déplacé.
Nationalité civile vs nationalité sportive : l’amalgame commode
La Fédération nigériane fait semblant d’ignorer une distinction pourtant élémentaire :
• la nationalité civile n’est pas la nationalité sportive.
La première relève des lois internes d’un État.
La seconde relève exclusivement des règlements de la FIFA.
Ce n’est ni Abuja, ni Kinshasa, ni Londres qui décide de l’éligibilité sportive d’un joueur international.
C’est Zurich.
C’est la FIFA.
Et la FIFA, en l’espèce, a déjà tranché.
Tous les joueurs congolais alignés l’ont été après validation officielle de l’instance compétente. Dossiers examinés. Autorisations délivrées. Décisions notifiées. Fin du débat.
Une fois cette validation accordée, aucune fédération adverse — fût-elle prestigieuse — n’a le pouvoir de la remettre en cause a posteriori parce que le résultat ne lui convient pas.
Un précédent dangereux pour le football africain
Si cette logique prospérait, alors plus aucun match africain ne serait définitivement gagné sur le terrain. Chaque rencontre deviendrait un contentieux potentiel, chaque sélection une cible administrative, chaque victoire un sursis.
Aujourd’hui la RDC.
Demain le Sénégal.
Après-demain le Maroc, le Cameroun, l’Algérie.
Ce n’est plus du football.
C’est de la procédure.
Et ce n’est pas ainsi que l’Afrique grandit sportivement.
Le fair-play, valeur oubliée
Le football est un jeu. Un combat, certes. Une fierté nationale, évidemment.
Mais aussi un espace de respect.
Quand une fédération préfère les couloirs juridiques aux enseignements du terrain, elle envoie un message dangereux à la jeunesse africaine : si tu perds, conteste ; si tu échoues, accuse ; si l’autre gagne, soupçonne.
Ce n’est pas cela, l’esprit du sport.
La RDC n’a rien volé.
Elle a aligné des joueurs autorisés.
Elle a joué selon les règles.
Elle a respecté la procédure.
Elle a gagné — ou fait jeu égal — sur le terrain.
Le reste relève de la polémique, pas du règlement.
Conclusion
La plainte du Nigéria ne révèle pas une fraude.
Elle révèle une frustration.
Et dans le football comme dans la vie,
la frustration mal digérée ne fait jamais jurisprudence.
CLBB





