Dans la vie politique congolaise, il existe deux espèces de silences :
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celui qui mûrit une conviction, et celui qui négocie un prix.
Le cas de Thierry Kambundi s’invite aujourd’hui dans cette zone grise où la frontière entre prise de conscience et transaction politique devient volontairement floue.
Hier encore, Kambundi parlait comme un homme en rupture avec le système.
Aujourd’hui, le voilà dans un discours qui épouse, presque sans couture, la narration officielle du pouvoir de Félix Tshisekedi.
D’où la question qui brûle les lèvres :
• a-t-il été acheté ?
• ou s’est-il simplement réveillé pour défendre la RDC ?
Un revirement à 360 degrés… ou une rotation sur soi-même ?
Précisons d’emblée une chose :
un revirement à 360 degrés, c’est un tour complet… pour revenir exactement au point de départ.
Et c’est peut-être là que réside le malaise.
Car ce que l’on observe chez Thierry Kambundi n’est pas une évolution progressive, argumentée, assumée.
C’est une bascule brutale, sans pédagogie, sans autocritique, sans explication sérieuse au public qui l’écoutait hier encore comme une voix dissidente.
Or, en politique, changer d’avis n’est pas un crime.
Le crime, c’est de changer de discours sans changer de méthode, sans reconnaître ses erreurs, sans rendre compte.
La thèse de l’achat : plausible, mais paresseuse
Soyons honnêtes :
au Congo, soupçonner un achat politique n’est jamais absurde.
L’histoire récente a transformé la transhumance idéologique en sport national.
Mais accuser sans preuve formelle, c’est faire exactement ce que nous reprochons au pouvoir :
remplacer l’analyse par l’insinuation.
Aucun élément public ne démontre, à ce stade, que Thierry Kambundi ait reçu :
un poste, une enveloppe, une promesse institutionnelle.
La thèse de l’achat est possible, mais non démontrée.
La répéter sans nuance, c’est s’installer dans la facilité du soupçon permanent.
La thèse de la prise de conscience : crédible, mais incomplète
Admettons une seconde hypothèse :
celle d’un homme qui, face à la gravité du moment — guerre, balkanisation rampante, pressions extérieures — décide de prioriser la défense de l’État congolais, quitte à ravaler ses critiques antérieures.
Cette posture est légitime dans l’absolu.
Un intellectuel peut se tromper.
Un militant peut réévaluer.
Un citoyen peut se dire : « l’ennemi principal est ailleurs ».
Mais alors une exigence s’impose : la cohérence morale.
• On ne peut pas défendre la RDC en fermant les yeux sur :
la désorganisation chronique des FARDC, la gouvernance erratique, l’instrumentalisation ethnique, la criminalisation de la critique.
Défendre la RDC ne signifie pas blanchir le régime.
Le vrai problème : le silence sur les causes
Le malaise autour de Kambundi ne vient pas seulement de ce qu’il dit aujourd’hui.
Il vient surtout de ce qu’il ne dit plus.
Il ne répond pas à ses propres archives.
Il ne dialogue pas avec ses anciennes positions.
Il ne fait pas ce travail intellectuel élémentaire qui consiste à dire :
« Voilà où je me suis trompé. Voilà ce que j’ai compris. Voilà pourquoi je change. »
Sans cela, le revirement ressemble moins à une élévation qu’à une glissade.
Conclusion de CLBB
Thierry Kambundi n’est ni condamné, ni absous.
Mais une chose est claire :
•la défense de la RDC ne peut pas être un alibi pour l’alignement aveugle.
• le patriotisme ne se mesure pas au volume des louanges adressées au pouvoir, mais à la capacité de dire la vérité, surtout quand elle dérange.
S’il s’agit d’une prise de conscience, qu’elle soit argumentée, courageuse et complète.
S’il s’agit d’une transaction, le temps finira par la dévoiler — comme toujours au Congo.
En attendant, le peuple observe.
La mémoire existe.
Et les archives parlent.
CLBB





