Il y a des vérités qui ne blessent pas seulement l’orgueil ; elles perforent les illusions, elles déshabillent l’hypocrisie et elles nous renvoient, nus, face à notre propre fabrication.
Le cas Dangote en fait partie : 11 000 techniciens indiens recrutés parce que le Nigeria n’a pas pu en trouver 100 localement… dans un pays de 235 millions d’habitants, première économie d’Afrique, géant autoproclamé du continent.
Voilà le diagnostic clinique d’une maladie qui ne touche pas seulement Abuja : elle atteint tout le corps africain.
Beaucoup crient au scandale.
Moi, j’y vois un miroir. Et un miroir ne ment jamais.
1. L’Afrique n’a pas été battue par des chars, mais par des polytechniques
On accuse Dangote de préférer les Indiens.
Faux! Dangote préfère ceux qui savent faire tourner une raffinerie. Point.
Ce n’est pas l’Inde qui nous humilie ; c’est notre incapacité à produire des compétences à la hauteur de nos ambitions!
Pendant que l’Afrique organise des sommets, des tables rondes, des conférences interminables, l’Inde, la Chine organisent des salles de classe et forment leurs enfants.
Pendant que nous politisons l’enseignement technique, l’Inde professionnalise.
Pendant que nous glorifions des diplômes théoriques à la chaîne, l’Inde forme des milliers d’ingenieurs et de techniciens opérationnels.
Les Indiens n’ont pas pris Lagos par la force! Ils y entrent avec leurs tournevis, leurs logiciels, leurs compétences.
2. Sans compétence, même nos milliardaires deviennent dépendants
Dangote est même la preuve que la richesse ne suffit pas à compenser la faiblesse du capital humain et des compétences.
On peut avoir le pétrole, le cuivre, le cobalt, le lithium, l’or, le coltan, la bauxite…
…Mais tant qu’on n’a pas les femmes et les hommes capables de transformer, on reste locataires de notre propre développement.
On fournit :
– le terrain,
– les matières premières,
– les exonérations fiscales,
– souvent même l’argent public…
Les autres fournissent les cerveaux….
Et au final, ce sont eux qui repartent avec la plus grosse part de la valeur ajoutée.
L’Afrique est un continent où l’on peut construire un port en 18 mois… avec une main-d’œuvre étrangère MAIS où l’on met 25 ans pour moderniser un lycée technique…
3. L’enseignement technique
Bien souvent nos lycées et écoles techniques, nos facultés des Sciences… fonctionnent encore avec :
des machines des années du siècle passé,
des enseignants non recyclés,
des programmes figés,
des ateliers transformés en musées poussiéreux,
des élèves jugés “moins brillants” que ceux du général.
C’est là que tout commence.
C’est là que l’Inde et la Chine nous battent.
Pas dans la raffinerie de Dangote.
Pas à Lagos.
MAIS à l’Ecole…
Les parents africains rêvent d’avocats, d’économistes, de députés… rarement d’un mécanicien industriel, d’ingenieur électromécanicien, de technicien de maintenance ou d’ingénieur des procédés.
Nos sociétés continuent de mépriser les métiers techniques et la main d’oeuvre qualifiée, alors que la civilisation industrielle et le 21eme siècle repose entièrement sur eux.
4. Le problème nigérian est africain : la RDC, le Cameroun, etc… même combat
Ce qui se passe aujourd’hui au Nigeria n’a rien d’exceptionnel. C’est le présent et le futur annoncé de tous les pays africains, si ils n’investissent pas dans l’industrie de l’éducation et de la formation technique.
Dans nos pays :
Nos centrales sont réparées par des étrangers.
Nos mines sont calibrées par des étrangers.
Nos barrages sont construits par des étrangers.
Nos data centers sont configurés par des étrangers.
Nos routes sont asphaltées par des étrangers.
Et nous applaudissons, comme si la modernité se résumait aux photos inaugurales.
Le vrai développement commencera quand nous n’aurons plus besoin d’eux pour les opérations de base.
5. La révolution mentale : transformer chaque lycée technique en usine de talents
Pas de magie, Pas de slogans, Pas de “Visions 2030 ou 2040” creuses.





