Félix Tshisekedi vient de nous révéler une vérité digne des proverbes bantous : « Les Congolais n’ont pas besoin de facilitateur pour dialoguer entre eux ». Enfin ! Après 30 ans de conférences nationales, dialogues intercongolais, tables rondes et « facilitations » sponsorisées par les chancelleries étrangères, nous découvrons que nous pouvions tout régler autour d’un foufou et d’un kwanga.
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Le Congo, pays de dialogues sans fin
Chez nous, chaque crise est un prétexte à dialogue. Les politiciens congolais dialoguent comme d’autres vont au bar : pour se partager les bouteilles, pardon… les postes. Et quand ça bloque, on appelle un « oncle » de l’extérieur pour arbitrer. Sun City, Nairobi, Kampala, Addis-Abeba… Nos capitales sont des figurantes ; le vrai théâtre se joue toujours ailleurs.
Tshisekedi dit stop. Très bien. Mais il ajoute aussitôt : « Dialogue oui, mais pas avec les Congolais inféodés à des pays étrangers ». En clair : je dialogue, mais seulement avec mon miroir. Les autres ? Des agents doubles, des vendus, des Judas. Voilà donc un dialogue national réduit à un monologue présidentiel.
Doha, hier sauveur, aujourd’hui pestiféré
Rappelons qu’il n’y a pas si longtemps, les mêmes applaudissaient la déclaration de Doha comme un pas vers la paix. Les ministres étrangers signaient, les partisans jubilaient, les réseaux sociaux vibraient. Aujourd’hui, le Chef prend ses distances : « Pas besoin d’eux ! »
Alors Doha, c’était quoi ? Un miracle diplomatique ou une séance de tourisme politique au Qatar ?
Le vrai problème
Soyons sérieux : le peuple congolais n’a cure de ces palabres sur « facilitateur » ou pas. Ce qu’il veut, c’est circuler à Beni sans risquer de finir en statistiques macabres, c’est travailler sans voir son salaire s’évaporer dans l’inflation, c’est vivre dignement sans attendre la prochaine « concertation » pour savoir qui sera ministre de quoi.
Ma conclusion
Si nous voulons prouver que nous n’avons pas besoin de béquilles étrangères, commençons par marcher droit. Et si vraiment nous voulons dialoguer « entre nous », que cela ne soit pas une kermesse pour partager les miettes du pouvoir, mais une véritable catharsis nationale.
Parce qu’à force de dialoguer avec son ombre, le Congo risque de finir schizophrène.





