L’histoire enseigne une leçon simple : les nations ne s’effondrent pas toujours sous les coups de leurs ennemis extérieurs. Bien souvent, elles se détruisent elles-mêmes lorsque leurs dirigeants refusent d’entendre les signaux d’alarme que leur envoie leur propre peuple.
La République démocratique du Congo traverse aujourd’hui une période particulièrement dangereuse. Le débat autour du changement de la Constitution, loin d’être un simple exercice juridique ou institutionnel, est devenu un révélateur d’une profonde fracture politique et sociale. Ce qui inquiète n’est plus seulement le contenu éventuel d’une nouvelle Constitution. Ce qui inquiète davantage, c’est la perception grandissante qu’une partie du pouvoir serait déterminée à se maintenir coûte que coûte, indépendamment de l’opinion d’une large partie de la population.
Dans un pays marqué par des décennies de crises, de guerres, de frustrations et de promesses non tenues, les perceptions comptent parfois autant que les réalités. Lorsqu’un pouvoir est progressivement identifié à un groupe particulier, qu’il soit politique, régional ou communautaire, le risque devient immense. Car l’opposition au régime cesse alors d’être uniquement politique pour prendre des dimensions identitaires extrêmement dangereuses.
L’Afrique a déjà connu ce scénario.
Des dirigeants persuadés que leur pouvoir était éternel. Des proches convaincus que les privilèges acquis ne pourraient jamais être remis en cause. Une population silencieuse, apparemment résignée, mais qui accumulait rancœurs et frustrations. Puis vint le jour où la colère explosa, emportant tout sur son passage.
Les tragédies du continent nous rappellent que les violences de masse ne naissent jamais spontanément. Elles sont précédées par des années d’arrogance politique, de fermeture du dialogue, de mépris des alertes et d’incapacité à reconnaître la souffrance des populations.
Aujourd’hui, le danger qui menace la RDC n’est pas seulement militaire. Il n’est pas seulement économique. Il n’est même pas uniquement institutionnel.
Le véritable danger réside dans la rupture progressive du lien de confiance entre les gouvernants et les gouvernés.
Lorsque des millions de citoyens finissent par croire que les institutions ne les protègent plus, que leurs représentants ne les représentent plus et que les règles du jeu sont constamment modifiées pour servir une minorité, le terrain devient fertile pour toutes les aventures.
C’est précisément pour éviter cette catastrophe que le dialogue national inclusif devient une nécessité historique.
Non pas un dialogue de façade destiné à distribuer quelques postes ministériels. Non pas un dialogue organisé pour gagner du temps. Mais un véritable dialogue capable de recréer un consensus national autour des règles du vivre-ensemble.
Le changement de la Constitution ne peut être imposé. Il ne peut être le projet d’un camp contre un autre. Une Constitution n’est pas l’acte de propriété d’un régime. Elle est le contrat fondamental qui lie tous les citoyens d’une nation.
Ceux qui gouvernent aujourd’hui devraient méditer une vérité universelle : aucun pouvoir n’est éternel.
L’histoire du Congo est remplie d’hommes qui se croyaient indéboulonnables. Tous ont fini par découvrir que le pouvoir appartient finalement au temps, et que le temps ne fait grâce à personne.
Mais l’opposition elle-même doit faire preuve de responsabilité. Alimenter les haines communautaires ou transformer les divergences politiques en affrontements identitaires serait une faute historique tout aussi grave. Le Congo n’a pas besoin d’une guerre entre Congolais. Il a besoin d’une réconciliation entre Congolais.
Pendant que certains regardent vers l’Est et redoutent les ambitions de puissances étrangères, un autre danger, plus silencieux et plus proche, grandit au cœur même de nos institutions : celui d’une implosion interne née de l’incompréhension, de l’exclusion et du refus du dialogue.
Les nations meurent rarement parce qu’elles manquent de ressources. Elles meurent lorsque leurs élites perdent la capacité de s’écouter et de se parler.
Le feu qui menace la RDC ne vient peut-être pas d’ailleurs.
Il couve sous nos propres pieds.
Et lorsque les responsables politiques comprendront enfin la gravité de la situation, il sera peut-être déjà trop tard.
CLBB





