Parfois, l’histoire rend des services inattendus à une nation.
Il arrive qu’un dirigeant, sans le vouloir, accomplisse une œuvre plus importante que tous ses discours. Non pas en construisant des routes, en redressant l’économie ou en rétablissant la sécurité, mais en révélant la véritable nature des hommes qui l’entourent.
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À ce titre, il faut peut-être dire : merci Félix Tshisekedi.
Merci, non pas pour les résultats de votre gouvernance, que chacun appréciera selon sa conscience, mais parce que votre accession au pouvoir a eu un mérite incontestable : elle a mis à nu la classe politique congolaise.
Pendant des années, beaucoup se présentaient comme des patriotes irréprochables, des défenseurs acharnés de la démocratie, des gardiens de la Constitution et des serviteurs du peuple. Ils dénonçaient avec vigueur les dérives du pouvoir, réclamaient l’État de droit et promettaient une gouvernance exemplaire.
Mais une fois les portes du pouvoir ouvertes, les masques sont tombés.
Nous avons découvert que certains opposants ne combattaient pas un système ; ils voulaient simplement en devenir les bénéficiaires.
Nous avons vu des hommes qui juraient fidélité à leurs convictions changer de camp en une nuit pour un ministère, une direction générale ou une simple promesse de nomination.
Nous avons vu des discours enflammés sur la démocratie s’effondrer devant les avantages du pouvoir.
Nous avons vu des défenseurs autoproclamés de la Constitution devenir soudainement silencieux lorsque leurs intérêts étaient en jeu.
Nous avons vu des révolutionnaires de circonstance se transformer en conservateurs dès qu’ils ont eu accès aux privilèges de l’État.
Le phénomène n’est pas nouveau. Mais jamais il n’avait été aussi visible.
L’Union sacrée a agi comme un gigantesque révélateur politique. Elle a démontré que dans notre pays, les partis sont souvent moins solides que les ambitions personnelles et que les idéologies pèsent parfois moins lourd qu’un portefeuille ministériel.
Le plus inquiétant est que cette situation ne concerne pas uniquement la majorité. Elle touche pratiquement toute la classe politique congolaise.
Les alliances se font et se défont sans explication idéologique.
Les adversaires d’hier deviennent les alliés d’aujourd’hui.
Les alliés d’aujourd’hui deviennent les ennemis de demain.
Et au milieu de ce ballet permanent, le peuple reste spectateur de promesses sans lendemain.
La véritable leçon de cette période est peut-être là : le problème du Congo n’est pas seulement institutionnel, économique ou sécuritaire. Il est aussi moral.
Une démocratie ne peut fonctionner durablement lorsque les convictions sont à vendre et que les principes changent au gré des intérêts du moment.
Le drame congolais n’est pas l’absence de politiciens. Nous en avons beaucoup.
Le drame congolais est l’absence d’une culture politique fondée sur la cohérence, la responsabilité et le respect de la parole donnée.
C’est pourquoi la population doit tirer les conséquences de ce qu’elle a observé depuis plusieurs années.
Elle doit apprendre à juger les acteurs politiques non pas à leurs discours, mais à leurs actes.
Non pas à leurs promesses, mais à leur constance.
Non pas à leur capacité à critiquer le pouvoir, mais à leur comportement lorsqu’ils l’exercent.
Au fond, la plus grande contribution politique de Félix Tshisekedi pourrait être celle-ci : avoir offert aux Congolais un laboratoire grandeur nature où chacun a pu observer les véritables motivations de nombreux acteurs de la scène politique nationale.
Et cette connaissance vaut peut-être plus que toutes les promesses électorales.
Car un peuple qui finit par connaître ses dirigeants devient un peuple plus difficile à tromper.
CLBB
La politique révèle les hommes ; le pouvoir les démasque.





