Pendant que la République démocratique du Congo traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire — guerre à l’Est, pauvreté persistante, chômage, insécurité, vie chère et crise sociale — un autre phénomène, plus discret mais profondément inquiétant, semble s’installer : la paralysie progressive des institutions de la République.
Et il faut avoir le courage de le dire : le débat sur le changement de la Constitution est en train de neutraliser l’action publique.
Aujourd’hui, une question mérite d’être posée avec franchise : les ministres gouvernent-ils encore réellement ?
À observer l’actualité politique, on a parfois le sentiment que leur priorité n’est plus la gestion des affaires publiques, ni les réponses aux souffrances quotidiennes des Congolais, mais plutôt une autre mission devenue presque obligatoire : se positionner publiquement sur le changement de la Constitution.
Chaque ministre semble sommé de parler. Chaque responsable paraît obligé d’afficher son camp. Le silence devient suspect. La réserve institutionnelle est presque perçue comme un acte de défiance.
Pourquoi cette fébrilité ?
Parce qu’en politique congolaise, chacun sait qu’un poste ministériel peut parfois dépendre d’une posture politique, d’une déclaration publique ou d’une démonstration visible de loyauté.
Alors beaucoup parlent.
Par conviction pour certains.
Par prudence politique pour d’autres.
Et parfois simplement par peur de perdre leur portefeuille ministériel.
C’est ici que commence le vrai danger.
Car un ministre préoccupé par sa survie politique ne peut difficilement travailler à temps plein pour les intérêts du peuple. Lorsqu’un gouvernement consacre une énergie excessive à un débat politique majeur, l’action publique finit inévitablement par ralentir.
Les dossiers urgents attendent.
Les décisions tardent.
Les réformes stagnent.
L’administration hésite.
Et pendant ce temps, les préoccupations réelles des citoyens restent entières : le coût de la vie, les salaires, l’emploi, les infrastructures, l’électricité, la sécurité, les écoles et les hôpitaux.
Le gouvernement gouverne-t-il encore ou est-il entré dans une longue campagne politique avant l’heure ?
Car enfin, un pays en guerre a besoin d’un exécutif concentré.
Une économie fragile exige un gouvernement au travail.
Un peuple fatigué réclame des résultats, pas des querelles institutionnelles interminables.
Soyons clairs : débattre de la Constitution n’est pas un crime. Toute nation peut réfléchir à l’évolution de ses institutions. Mais un débat constitutionnel devient dangereux lorsqu’il absorbe toute l’énergie politique au point de suspendre le fonctionnement normal de l’État.
Avant de changer les règles du jeu, encore faut-il que le jeu fonctionne.
Avant de modifier la maison institutionnelle, encore faut-il empêcher qu’elle ne s’effondre.
L’histoire politique africaine nous enseigne une vérité simple : lorsque le débat sur le pouvoir devient plus important que les problèmes du peuple, les institutions cessent progressivement de servir la nation.
Et c’est toujours le peuple qui finit par payer le prix des distractions politiques.
La RDC a aujourd’hui besoin d’un État au travail.
D’institutions efficaces.
D’un gouvernement mobilisé sur les vraies urgences nationales.
Parce qu’un peuple affamé ne mange pas des discours.
Parce qu’un pays en guerre ne se stabilise pas par des slogans.
Et parce qu’une nation fatiguée n’a pas besoin d’institutions paralysées.
Le Congo mérite mieux que l’immobilisme politique.
CLBB





