Malgré des recettes records, le gouvernement Suminwa doit encore trouver 17,5 milliards USD avant décembre. Kinshasa affiche des chiffres flatteurs. Les régies financières dépassent les prévisions. La Banque centrale du Congo salue des performances inédites. Le gouvernement Suminwa parle de discipline budgétaire et de crédibilité retrouvée. Pourtant, derrière les annonces triomphales, une réalité brutale demeure : sur les 22 milliards USD du budget 2026, seulement 4,5 milliards USD ont réellement été mobilisés en interne à fin avril.
Autrement dit, plus de 80 % du budget annuel restent encore à trouver.
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Et le compte à rebours a déjà commencé.
Une mobilisation encourageante… mais insuffisante. Selon la note de conjoncture économique de la Banque Centrale du Congo (BCC), les recettes de l’État ont dépassé les attentes durant les quatre premiers mois de l’année. Les régies financières ont mobilisé 10.430,2 milliards de francs congolais, soit environ 4,5 milliards USD au taux actuel de 2.300 FC pour un dollar.
Un résultat supérieur aux prévisions du Plan de trésorerie de l’État, qui tablait sur 10.192,9 milliards CDF. Le taux de réalisation atteint ainsi 102,3 %.
Une performance saluée dans les cercles économiques, surtout dans un contexte régional marqué par les tensions sécuritaires, l’instabilité des marchés et la pression sociale croissante.
Mais ces chiffres cachent une vérité beaucoup moins confortable : il reste encore 17,5 milliards USD à mobiliser entre mai et décembre 2026.
Une somme colossale.
L’Eurobond : bouffée d’oxygène ou fuite en avant ?
Pour renforcer sa trésorerie, le gouvernement congolais a marqué son entrée sur les marchés internationaux avec une émission inaugurale d’Eurobond de 1,250 milliard USD.

Une première historique pour la RDC.
Objectif affiché : financer les projets de développement.
Mais plusieurs économistes s’interrogent déjà : la RDC entre-t-elle dans une nouvelle ère financière… ou dans une dépendance dangereuse à l’endettement international ?
Car emprunter n’est pas produire.
Et un Eurobond reste une dette à rembourser, souvent à des taux élevés, avec des échéances qui peuvent devenir explosives si les recettes publiques stagnent.
Avril 2026 : l’État respire enfin
Le mois d’avril a toutefois offert un rare motif de satisfaction au Trésor public.
Grâce aux échéances fiscales, les services de mobilisation ont collecté 4.867,7 milliards CDF, soit 109,1 % des objectifs fixés.
Dans le même temps, le déficit budgétaire des trois premiers mois a été contenu à 1.578,6 milliards CDF, bien en dessous des 3.288,3 milliards prévus.
Un signal positif.
Mais cette embellie reste fragile.
Le poids écrasant des salaires
Car pendant que l’État cherche désespérément des recettes, les dépenses continuent de grimper.
En avril seulement, les dépenses publiques ont atteint 4.674,5 milliards CDF. La plus grande partie a été engloutie dans la paie des agents et fonctionnaires de l’État : 2.175 milliards CDF.
Et ce n’est qu’un début.
Pour le mois de mai, le gouvernement prévoit encore 2.474,7 milliards CDF de dépenses, dont près de 980 milliards destinés uniquement aux salaires.
La machine étatique coûte cher.
Et la question devient de plus en plus pressante : comment financer durablement un appareil public aussi lourd avec une économie encore fortement dépendante des matières premières ?
Au 7 mai : les recettes ralentissent déjà
Les premières données du mois de mai montrent déjà des signes de tension.
Au 7 mai 2026, les recettes des régies financières n’avaient atteint que 262,3 milliards CDF, soit à peine 13,1 % des assignations prévues.
Pendant ce temps, les dépenses avaient déjà explosé à 822,6 milliards CDF, notamment pour le fonctionnement des institutions, les salaires d’avril et le lancement de la paie de mai.
Le déséquilibre persiste.
Et l’équation budgétaire devient de plus en plus complexe.
Une question désormais centrale : qui financera le reste du budget ?
Le gouvernement Suminwa mise sur plusieurs leviers :
- l’amélioration de la mobilisation fiscale ;
- les financements extérieurs ;
- les investissements internationaux ;
- l’endettement via les marchés financiers.
Dans les rues de Kinshasa, une autre question revient avec insistance : où ira réellement cet argent ?
Routes ? Électricité ? Eau ? Emplois ? Sécurité ? Hôpitaux ?
Ou simplement salaires, fonctionnement administratif et remboursement des dettes ?
Entre ambitions et réalité
Le budget 2026 se voulait celui de la transformation économique et de la souveraineté financière.
Mais à huit mois de la clôture de l’exercice, le défi reste immense.
La RDC peut-elle réellement mobiliser 17,5 milliards USD supplémentaires sans asphyxier son économie ni alourdir excessivement sa dette ?
Le pari est lancé. Et cette fois, les chiffres seuls ne suffiront plus à convaincre les Congolais.
NGK





