Une Tribune de Omer Nsongo
*« Je n’ai pas sollicité un 3e mandat, mais si le peuple veut un 3e mandat, je l’accepterai« . Troublants mais quand même édifiants, ces propos sont aussi les siens. Dommage qu’il ait opté pour un passage en force alors qu’il aurait dû saisir l’occasion de la conférence du 6 mai 2026 pour annoncer, par exemple, la convocation imminente du Dialogue national…
LUBUMBASHI, 16 NOVEMBRE 2024, APRÈS KISANGANI
Comment en est-il venu à s’emmêler ce jour-là les pinceaux, lui qui, le 16 novembre 2024, se défendait au cours d’un meeting à Lubumbashi de briguer le 3ème mandat ! Pour rappel, Il avait déclaré exactement ceci : »Ce que j’ai dit à Kisangani n’avait absolument aucun lien avec un quelconque 3ème mandat. Mais vous avez entendu que cette fameuse opposition, qui n’a rien à proposer, qui avait mordu la poussière très sérieusement lors des dernières élections, cherche à manipuler la population en disant : ‘non au 3ème mandat’. Qui leur a parlé d’un 3ème mandat ? ».De ce meeting auquel il avait donné pour sa dépêche le titre « Félix Tshisekedi à Lubumbashi : «Qui est celui-là qui va m’interdire moi, le garant de la Nation, de modifier la constitution ? », le site radiookapi.net avait retenu les extraits suivants : « Qui est celui-là qui va m’interdire moi, le garant de la Nation, de ne pas le faire ? » et « Je ne suis pas venu pour m’éterniser au pouvoir. Tout ce que je fais, tout ce à quoi je pense, c’est au bonheur de mes compatriotes et au développement de mon pays. Parce qu’un jour, je vais devenir ex-Président et je veux vivre dans mon pays auprès des miens. Je voudrais circuler dans toutes les provinces avec ma famille et mes amis ». C’est au cours de cette prestation qu’il avait donné son interprétation de l’article 217. À l’en croire, la cession d’une partie de la souveraineté nationale en faveur de l’unité africaine équivalait à la cession des terres congolaises, ressources humaines et ressources naturelles comprises !
POUR LA « REVISION » ET NON POUR LE « CHANGEMENT »
16 novembre en 2024 d’un côté, 6 mai en 2026 de l’autre : beaucoup d’eau aura coulé sous le pont dans l’attitude du chef de l’Etat.
Juste un exemple ironique : c’est la RDC qui s’offre aujourd’hui à adapter sa propre Constitution aux exigences américaines pour l’exploitation de ses propres ressources minières, végétales, énergétiques et environnementales !
Pour s’en faire une idée exacte, rien de mieux que la reproduction intégrale de sa réponse au sujet du deal avec les États-Unis lors de sa conférence de presse du 6 mai 2026. Là, c’est Félix Tshisekedi pur jus. « Dans le partenariat, les Américains nous ont exigé certaines réformes qui doivent se faire au niveau de la justice. Ces réformes ne se feraient pas sans RÉVISER la Constitution. Donc, vous allez nous interdire de la RÉVISER parce qu’il y a deux pelés et trois tondus qui ne veulent pas qu’on touche à la Constitution et on va condamner tout un pays, une nation, pour faire plaisir aux deux pelés et trois tondus« .
C’est aussi clair que net : il admet qu’il s’agit d’une exigence (et non d’une proposition) américaine. Mieux, il se prononce pour la révision et non pour le changement.
LE CONTEXTE SÉCURITAIRE NE S’Y PRÊTE PAS
Que s’est-il passé entre ces deux dates pour que le chef de l’Etat en vienne à mettre dans le même sac « révision » et « changement » et, partant, à rendre ardue la tâche de communication aux siens ?
Les observateurs l’auront noté : la Fatshisphère peine, une semaine après, à assurer un service après-vente conséquent. Au contraire, la conférence continue d’accentuer la division au sein de l’Union sacrée de la nation et de l’Udps pour les formations politiques, de même qu’au sein de la Société civile (églises, ONG de défense des droits de l’homme, mouvements citoyens et médias du camp des Congolais de bonne qualité.
Pour rappel, la révision prévue aux articles 218 et 219 est un acte constitutionnel avéré. La procédure à suivre est tout ce qu’il y a de facile. La seule restriction à laquelle elle est soumise, selon l’article 219, s’applique soit en cas d’état de guerre, d’état d’urgence ou d’état de siège ; soit en cas d’intérim à la présidence de la République ; soit en cas d’empêchement du Parlement de se réunir librement.
Si l’option à lever est la révision, Félix Tshisekedi doit en toute logique s’en tenir à ces deux articles. Personne de sensé ne peut lui en contester l’initiative.
Pour sa gouverne, la Constitution des États-Unis, en vigueur depuis le 4 mars 1789 (soit depuis 237 ans), en est à sa 27ème révision ! Même Donald Trump n’ose pas en préconiser le changement au risque d’un impeachment !
Celle de la RDC n’en est qu’à sa première révision ! Et encore pour des matières qui ne nécessitent pas référendum.
Par contre, si l’option levée est le changement, Félix Tshisekedi doit en toute logique commencer par admettre qu’il s’agit d’un coup d’État constitutionnel ouvrant la voie à toutes les possibilités.
Certes, ce n’est pas la première fois que le pays change de Constitution sur base d’un référendum. L’Histoire rapporte quatre consultations référendaires en une quarantaine d’années avec, successivement, la Constitution de Luluabourg en 1964, la Constitution du Mpr en 1967, la Constitution du Mpr Parti-Etat en 1974 et la Constitution du Dialogue intercongolais en 2006.
Un cinquième référendum relève du possible.
Seulement voilà : le contexte sécuritaire au pays ne s’y prête pas. C’est si évident que du débat d’idées suscité par la déclaration du 6 mai 2026, on reconnaît qu’un référendum et une élection, c’est du pareil au même en termes de logistique et de coût. C’est le même corps électoral à recenser et auquel il faut délivrer des cartes d’électeur ; c’est le même matériel à réunir (urnes, isoloirs, bulletins de vote, encre indélébile etc.) ; c’est le même espace à occuper (écoles), c’est le même personnel à recruter, ce sont les mêmes observateurs et médias à accréditer, etc.
Ainsi, c’est un non sens que d’annoncer un référendum sur toute l’étendue du territoire national et, en même temps, de prétexter de l’impossibilité d’organiser les élections au motif d’occupation des villes et localités de l’Est par des groupes armés soit soutenus, soit combattus par des armées gouvernementales des voisins de l’Est, précisément l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.
PRÉSENCE PHYSIQUE NON INDISPENSABLE
À notre humble avis, l’annonce de la révision ou du changement de la Constitution le 6 mai 2026 devait se faire avec un signal fort d’apaisement de la part du Président de la République.
Au cours de cette conférence de presse, Félix Tshisekedi aurait dû faire une double annonce :
-la convocation imminente du Dialogue national et
-la mise sur pied d’une d’une Commission ad hoc interne à l’USN pour réfléchir à la révision ou au changement de la Constitution.
Cela n’aurait gêné personne !
Par ailleurs, c’est lui – en sa qualité de cosignataire avec Donald Trump de l’Accord bilatéral RDC-USA – qui doit présenter aux États-Unis les réformes judiciaires et constitutionnelles au plus tard le 4 décembre 2026. C’est-à-dire dans moins de 7 mois !
C’est lui qui s’est mis en position d’obligé vis-à-vis de son homologue américain !
L’erreur consisterait, de sa part, à imputer la responsabilité des retards éventuels aux autres forces politiques et sociales qu’il veut mettre au pas.
Certaines parmi ces forces ont des entrées à la Maison-Blanche, aux Départements d’État en charge de la Défense (Pentagone), des Affaires Etrangères et du Trésor, cela soit directement, soit indirectement (cas avec des thinks thanks).
Ce que Félix Tshisekedi se doit alors de ne pas perdre de vue, c’est qu’à partir du moment où il a apposé sa signature au bas de cet accord, et ce au nom de la République Démocratique du Congo, sa présence à la tête du pays a cessé d’être indispensable pour la partie « application ».
En référence à la révision du contrat sino-congolais en vue de l’ Avenant n°5, la Chine n’a pas exigé la présence de Joseph Kabila ou de l’un des siens à la table de la renégociation ! Elle s’en est tenue au principe de continuité de l’État…
PROCHAINEMENT. « Découverte par la Chine d’un grand gisement de cuivre au Kasaï : une épine dans le pied de Félix Tshisekedi ?
Omer Nsongo die Lema
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