Ce 1er mai, alors que les fanfares résonnent et que les discours officiels vantent « le progrès social », une ombre silencieuse plane sur la République Démocratique du Congo. C’est l’ombre de celui qui a tout donné, mais qui n’a plus rien : l’Enseignant congolais.
Comment célébrer la fête du Travail quand le travail ne nourrit plus son homme ? Comment parler de dignité quand ceux qui façonnent l’intelligence de la nation sont condamnés à la mendicité institutionnalisée ?
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Le chiffre de la honte
Regardons la réalité en face, sans fard et sans flatterie. Aujourd’hui, un enseignant en RDC survit avec une enveloppe dérisoire oscillant entre 300 000 et 400 000 francs congolais. Dans une économie où le prix du panier de la ménagère s’envole, cette somme n’est pas un salaire : c’est une insulte. C’est le prix d’un sacrifice quotidien que l’État semble avoir oublié de compenser.
Pendant ce temps, à quelques kilomètres des salles de classe délabrées, sous les lambris dorés du Palais du Peuple et des cabinets ministériels, l’indécence s’étale. Un député, un ministre, perçoit des émoluments qui frisent l’insolence. Le calcul est simple, mais il donne le vertige : le salaire de celui qui dirige est mille fois supérieur à celui qui lui a appris à lire, à écrire et à compter.
L’ironie du « Banc »
C’est ici que l’ironie devient tragique. Monsieur le Ministre, Monsieur le Député, regardez vos mains : elles tiennent des stylos que des enseignants vous ont appris à manier. Vous occupez des sièges que vous n’auriez jamais atteints sans passer par ces bancs d’école, sous la direction de ces maîtres aujourd’hui affamés.
En privant l’enseignant de son juste dû, l’État congolais commet un parricide intellectuel. On ne bâtit pas une nation sur les larmes de ses éducateurs.
Le salaire : un droit sacré, pas une aumône
Comme si la modicité du salaire ne suffisait pas, le spectre du retard de paiement vient achever le moral des troupes. En ce 1er mai, des milliers de foyers des fonctionnaires de l’Etat passeront la journée dans l’angoisse, scrutant leurs téléphones dans l’attente d’un SMS de la banque qui ne vient pas.
Le salaire est sacré. C’est la contrepartie d’une vie donnée à la patrie. Retarder le paiement, c’est mépriser le pilier central de notre société. La gratuité de l’enseignement, projet phare de la mandature, ne peut pas et ne doit pas se financer sur le dos et l’estomac des enseignants.
Gouverner, c’est choisir. Choisir de donner 20 000 dollars à celui qui vote des lois, tout en refusant 500 dollars à celui qui forme le futur médecin, le futur ingénieur ou le futur magistrat, est un choix qui nous mène droit au mur.
En ce jour de fête du Travail, nous n’attendons pas des promesses. Nous exigeons une correction de trajectoire. Il est temps que la pyramide des salaires cesse de marcher sur la tête. Rendez à l’enseignant sa dignité, payez-le à temps, et surtout, payez-le à la hauteur de la dette que la Nation a envers lui.
Car, on semble l’oublier, si l’enseignant tombe, c’est toute la République qui s’écroule.
NGK





