À Kinshasa, l’affaire de la concession Marie-Antoinette de la N’sele prend une tournure de plus en plus tendue. Les concessionnaires et propriétaires actuels montent au créneau et sollicitent ouvertement l’implication du ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, pour faire échec à ce qu’ils qualifient de tentative de spoliation de leurs terres au profit de la société Congo Futur. Dans leur viseur, la ministre des Affaires sociales, Eve Bazaiba, accusée d’avoir engagé des démarches jugées irrégulières en faveur de cette entreprise.
Au cœur de la contestation, la concession dite « Maman Mobutu », un domaine stratégique situé dans la commune de la N’sele. Les représentants des propriétaires, dont certains s’expriment sous couvert de documents officiels, affirment détenir tous les titres requis attestant de leur droit de propriété : certificats d’enregistrement, contrats de cession, actes de vente et publications au Journal officiel. Selon eux, ces documents restent pleinement valides, faute de décision judiciaire définitive les annulant.
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« Nous ne sommes pas des occupants sans droit ni titre », insistent-ils, évoquant une occupation légale consolidée par plusieurs décisions de justice rendues en leur faveur. D’après leurs explications, certaines tentatives antérieures d’attribution de cette concession à des tiers ont déjà été annulées par les juridictions compétentes, renforçant leur position juridique dans ce dossier.
La récente correspondance attribuée à la ministre Eve Bazaiba, adressée à l’auditorat militaire, a toutefois ravivé les tensions. Ce document autoriserait l’accès et le lancement de travaux par la société Congo Futur sur le site, tout en ouvrant la voie à un possible déguerpissement des occupants actuels. Une démarche perçue comme une escalade par les concessionnaires, qui dénoncent une instrumentalisation des forces de l’ordre à des fins d’éviction.
Les contestataires fustigent également les prises de parole du directeur de cabinet adjoint de la ministre, qu’ils jugent « inexactes et trompeuses », notamment en ce qui concerne l’origine et le statut juridique du domaine. « On tente de réécrire l’histoire pour justifier une décision injustifiable », martèlent-ils, pièces à l’appui.
Dans leur argumentaire, les propriétaires soutiennent que la concession Marie-Antoinette ne figure pas parmi les biens appartenant à l’État congolais. À ce titre, toute tentative d’attribution à une entité privée, en l’occurrence Congo Futur, serait juridiquement nulle en l’absence de droits préalables de l’État sur cette parcelle.
Plus grave encore, ils dénoncent un contournement des procédures judiciaires en cours. Selon eux, l’intervention du ministère des Affaires sociales viendrait court-circuiter des décisions de justice déjà rendues en leur faveur. « On ne peut pas, par simple correspondance administrative, balayer des jugements et des titres valides », s’indignent-ils.
Face à ce qu’ils considèrent comme une dérive, les concessionnaires réclament désormais une action ferme du ministre de la Justice afin de garantir le respect du droit et de mettre un terme à toute tentative de dépossession. En toile de fond, ils n’excluent pas de porter l’affaire au plus haut sommet de l’État.
Sur le terrain, l’inquiétude reste palpable. Entre incertitudes juridiques et menace de déguerpissement, les occupants de la concession Marie-Antoinette vivent suspendus à l’issue d’un bras de fer qui illustre, une fois de plus, les tensions récurrentes autour de la gestion foncière en République démocratique du Congo.
NGK




