À force de répéter le mot « rigueur » à longueur de discours officiels, les autorités finissent par en vider le sens. Car pendant que les appels à la réduction du train de vie de l’État se multiplient, les chiffres, eux, racontent une toute autre histoire, celle d’un dérapage budgétaire spectaculaire au sommet même des institutions.
Les dernières données publiées sur l’exécution du budget 2025 sonnent comme un désaveu cinglant des engagements pris devant l’opinion. Comment justifier qu’au moment où l’on exige des sacrifices des administrations, des entreprises publiques et des citoyens, la présidence de la République affiche un dépassement budgétaire de 174 %, avec plus de 832 millions de dollars dépensés contre à peine 303 millions initialement prévus ? Ce n’est plus un écart, c’est une rupture avec toute logique de discipline financière.
Le contraste est d’autant plus saisissant que, dans le même temps, les discours officiels insistent sur la nécessité de comprimer les dépenses, de rationaliser les coûts et de revoir à la baisse les engagements publics. Une rhétorique devenue familière, presque mécanique, mais qui se heurte frontalement à la réalité des chiffres. Car sur le terrain, ce ne sont pas des économies qui sont réalisées, mais des dépassements qui s’enchaînent, comme si les plafonds budgétaires n’étaient que de simples formalités administratives.
Plus troublant encore, tous les postes de dépenses sont concernés. Les frais de fonctionnement explosent littéralement, dépassant de plusieurs fois les prévisions initiales, tandis que les dépenses du personnel suivent la même trajectoire ascendante. À ce rythme, ce ne sont plus des ajustements, mais une gestion à vue, où la planification budgétaire semble reléguée au second plan.
Et que dire des milliards de francs congolais engagés mais non payés, promis à rejoindre la dette publique ? Là encore, le procédé interroge. Car derrière ces chiffres se cache une réalité simple : on dépense aujourd’hui ce que l’on fera payer demain. Une fuite en avant qui compromet la crédibilité financière de l’État et fragilise les équilibres budgétaires futurs.
Face à cette situation, une question s’impose avec insistance : à quoi servent encore les lois de finances si elles peuvent être ainsi contournées sans conséquence ? Peut-on continuer à prêcher la rigueur tout en institutionnalisant le dépassement ? Peut-on appeler à l’effort collectif tout en s’exonérant soi-même de toute discipline ?
L’enjeu dépasse largement les chiffres. Il touche à la confiance entre les gouvernants et les gouvernés. Car une gouvernance crédible ne se mesure pas aux déclarations, mais à la cohérence entre la parole et les actes. Et aujourd’hui, cette cohérence semble profondément mise à mal.
Il est temps que les autorités cessent ce double langage. La rigueur ne peut pas être une exigence à géométrie variable. Elle doit commencer par le sommet de l’État. Faute de quoi, les appels à l’austérité risquent de résonner comme une injonction creuse, voire comme une provocation pour une population déjà confrontée à de lourdes contraintes économiques.
NGK





