De son véritable nom Georges Albert Makela également connu sous l’appellation de Maclebert (certains disent Mack Lebert ou Mack Kleber), il est introduit au sein des Diables Noirs par son ami Mbemba Tostao, le virevoltant ailier droit. Il y occupe les fonctions de chargé de la logistique des Diables Noirs, surnommés « Yaka dia Mama », avant de rejoindre le Club Athlétique Renaissance Aiglons (CARA) de Brazzaville.
Son départ des Diables Noirs intervient dans des circonstances conflictuelles. Accusé d’avoir trahi son équipe lors d’une rencontre contre l’AS Bantous, il aurait été molesté par des supporters du club jaune et noir. Cet épisode aurait profondément marqué l’homme, qui avait dès lors nourri une hostilité tenace envers son ancienne équipe.
Ayant fait fortune dans les affaires, Georges Albert Makela devient l’un des opérateurs économiques les plus en vue à Brazzaville et Pointe-Noire, notamment en tant que propriétaire de la célèbre compagnie de transport Taxi Cristal ainsi que d’entreprises de vente et de location de véhicules. Certaines rumeurs affirment qu’il aurait servi de prête-nom pour la gestion de biens appartenant à un homme politique sous le régime du parti unique. Cette allégation, qui relève de récits locaux, mérite toutefois d’être étayée par des sources indépendantes.
Dans les années 1980, il prend la présidence du CARA de Brazzaville et imprime sa marque à l’histoire du club. Jeune, ambitieux et passionné, il contribue à insuffler une nouvelle dynamique à l’équipe. Sous sa direction, le CARA retrouve le chemin des bonnes performances. Quatre fois champion du Congo, le club nourrit de nouveau des ambitions sur la scène continentale, notamment en Coupe d’Afrique des clubs champions. C’est l’époque du fameux « CARA Malembe », expression qui évoque les grandes heures du club et l’enthousiasme de ses supporters.
Maclebert aime les défis et entend faire rayonner toutes les sections du CARA. Sous sa présidence, le football, aussi bien chez les seniors que chez les juniors, bénéficie de son attention. Le handball féminin et masculin, le cyclisme et les autres disciplines ne sont pas oubliés. Même la section d’animation, avec ses batteurs de tam-tams, participe à l’effervescence qui entoure le club.
L’homme est partout à la fois. Il s’investit dans les moindres détails de la vie du CARA, au point de devenir son véritable homme à tout faire. Son engagement rappelle, à certains égards, celui de Bernard Tapie à l’Olympique de Marseille : un président omniprésent, entreprenant et décidé à mettre tous les moyens nécessaires au service de son équipe.
Sa réputation dépasse cependant le cadre du sport. À Brazzaville, son nom est associé à de nombreuses histoires qui circulent dans les milieux populaires. Selon la rumeur, il aurait même sollicité des féticheurs réputés, aussi bien à Brazzaville qu’à Sibiti et à Kinshasa, afin de favoriser les résultats du CARA. Ces récits, difficiles à vérifier, participent néanmoins à la légende qui se construit autour de sa personnalité.
L’un des épisodes les plus souvent évoqués concerne la rivalité entre les Aiglons et les Diablotins. D’après certains témoignages, Maclebert aurait particulièrement mal vécu les trois défaites infligées à son équipe par les Diables Noirs en 1986 : un cinglant 3-0 à l’aller du championnat, puis une défaite 1-0 au match retour. L’unique but de cette seconde rencontre fut l’œuvre de Ya Wamba. Selon une anecdote restée célèbre, Ngombo Ley, le portier du CARA, aurait vu un serpent à la place du ballon ! Comme si cela ne suffisait pas, les Aiglons s’inclinèrent une troisième fois, sur le même score de 1-0, en Coupe du SIDA. Ces trois revers auraient ainsi mis fin à une série de cinq années d’invincibilité du CARA face à son grand rival.
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Toujours en 1986, Maclebert s’était rendu au Brésil, où il avait séjourné pendant plus d’un mois. À son retour, il avait fait escale à Kinshasa, où il aurait été mis en contact avec des féticheurs pour préparer, par des moyens relevant des croyances traditionnelles, la prochaine confrontation du championnat national contre les Diables Noirs, prévue pour la saison 1986-1987.
Mais les événements auraient pris une tournure inattendue. De retour à Brazzaville, Maclebert apprend que la FECOFOOT a décidé de suspendre temporairement le championnat national afin de permettre aux Diables Rouges de se regrouper et de préparer leur confrontation avec la Côte d’Ivoire dans le cadre des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations. Le match tant attendu est donc reporté à une date ultérieure.
Toujours selon cette version des faits, Maclebert, qui aurait déjà entrepris ses démarches à Kinshasa, ne serait pas retourné auprès de son prétendu féticheur pour l’informer du report de la rencontre. Peu après, il aurait commencé à souffrir de douleurs abdominales et de maux de tête. Son état se serait progressivement dégradé, jusqu’à son décès en 1987, alors qu’il était hospitalisé au Centre hospitalier universitaire de Brazzaville.
Il convient de souligner que le rapprochement entre ces prétendues pratiques mystiques, les symptômes dont il aurait souffert et sa mort appartient au registre des récits populaires. En l’absence de documents médicaux ou de témoignages vérifiables, rien ne permet d’établir un lien de causalité entre ces événements.
Une autre anecdote, tout aussi marquante, concerne une Mercedes coupé rouge qu’il avait achetée en Europe peu avant sa disparition. La voiture n’était pas encore arrivée à Brazzaville lorsque Maclebert mourut. Faute de personne pour accomplir les formalités de dédouanement, le véhicule avait finalement été vendu aux enchères. Cette histoire, souvent évoquée dans les souvenirs qui lui sont consacrés, ajoute une dimension presque tragique au récit de ses derniers jours.
La mémoire de Georges Albert Makela ne s’est toutefois pas éteinte avec lui. En 1988, le poète Lutumba lui rend hommage à travers une chanson intitulée « Maclebert ». Par cette œuvre, son nom rejoint celui des personnalités dont le souvenir s’est perpétué dans la culture populaire congolaise.
Ainsi se dessine le portrait d’un homme d’affaires devenu une figure majeure du CARA de Brazzaville, un président qui voulait faire de son club une institution omnisports performante et respectée. Ambitieux, entreprenant et profondément engagé dans la vie de son équipe, Maclebert a laissé une empreinte durable dans la mémoire des supporters. Entre exploits sportifs, rivalités légendaires, anecdotes et récits populaires, son histoire témoigne de la place considérable qu’occupait le football dans la société brazzavilloise des années 1980.
Samuel Malonga





