« Le patriotisme, ce n’est pas aimer son président, c’est aimer la vérité, la justice et le bien du peuple. » Cette conviction devrait guider notre engagement citoyen. Car lorsqu’on confond la patrie avec celui qui la dirige, la critique devient une trahison et la flatterie se fait passer pour une vertu nationale.Pourtant, un président exerce un mandat. Il reçoit une responsabilité, avec l’obligation de rendre des comptes. La nation, elle, appartient à tous ses citoyens : ceux qui applaudissent, ceux qui contestent et ceux qui ne se reconnaissent dans aucun camp.Le Congo ne saurait devenir la propriété politique d’un homme, d’une famille ou d’un parti.Aimer son pays, c’est vouloir que la vérité soit dite, même lorsqu’elle embarrasse les dirigeants que l’on soutient. C’est réclamer la justice, même lorsque les personnes mises en cause appartiennent à son propre camp. C’est défendre les droits d’un adversaire avec la même fermeté que ceux d’un ami.Voilà l’épreuve de la conscience républicaine : accepter pour les autres les protections que l’on exige pour soi.On peut soutenir un président. On peut apprécier ses décisions, défendre son programme et souhaiter sa réussite. Mais ce soutien doit conserver une boussole : l’intérêt général. Lorsqu’il exige de nier les souffrances, de justifier l’injustifiable ou de renoncer à toute exigence de résultats, il devient une abdication du jugement.Un citoyen ne doit jamais remettre sa conscience entre les mains d’un dirigeant.Dans nos débats congolais, nous gagnerions à examiner les arguments avant de distribuer les étiquettes. Une question sur la gestion publique mérite une réponse documentée. Une dénonciation d’abus mérite un examen rigoureux. Une proposition mérite d’être discutée pour ce qu’elle peut apporter au pays.Accuser systématiquement celui qui interroge finit par protéger les erreurs et décourager ceux qui pourraient aider à les corriger.La même rigueur s’impose à l’opposition. Combattre le pouvoir ne dispense personne de respecter la vérité. Une rumeur utile à son camp reste une rumeur. Une injustice commise contre un adversaire reste une injustice. Le patriotisme perd son sens dès qu’il adapte ses principes aux intérêts du moment.Le bien du peuple doit donc rester notre mesure commune : peut-il vivre en sécurité, se nourrir, se soigner, apprendre et travailler dignement ? Les institutions protègent-elles ses droits ? Les ressources publiques servent-elles ses besoins ?C’est à ces questions que l’action politique doit répondre.Exiger des comptes de ceux qui gouvernent est un acte de responsabilité. Reconnaître une décision juste, quelle que soit son origine, en est un autre. Le pays avance lorsque les citoyens gardent cette liberté de jugement.Les présidents passent. Le peuple demeure. Et notre fidélité première doit aller à sa dignité, à ses droits et à son avenir.
CLBB



