Kabila avait-il le choix de faire autrement devant le tableau que présente aujourd’hui la RDC ? La question mérite un débat sérieux. On ne peut pas exiger des opposants qu’ils respectent les règles démocratiques tout en laissant le pouvoir fermer les espaces où cette démocratie devrait s’exercer.Quand la contradiction devient une trahison, quand la critique est assimilée à une hostilité envers la nation, quelle place reste-t-il à l’opposition républicaine ?À ceux qui condamnent les choix de Joseph Kabila, il faut donc poser cette question : quelles voies politiques pacifiques, crédibles et accessibles lui reconnaissez-vous réellement ? Peut-il s’exprimer, organiser ses partisans et contester le pouvoir sans que ces actes soient automatiquement criminalisés ?Cela ne dispense pas Kabila de répondre de ses propres choix. Mais cela oblige aussi Félix Tshisekedi à répondre de sa manière de gouverner.Une République se juge à la sécurité de celui qui dit non au président.Elle se juge à la possibilité de critiquer sans disparaître, de manifester sans subir de violences et de répondre à une accusation devant une justice indépendante.Les accusations faisant état de pressions sur les familles d’opposants sont particulièrement graves. Elles doivent être vérifiées par des enquêtes indépendantes. Si elles sont établies, aucune raison d’État ne saurait les excuser. Une épouse ou un enfant ne peut devenir un moyen de contraindre un adversaire politique.La responsabilité est individuelle. La famille ne doit jamais servir d’instrument de chantage.C’est ici que l’image d’« Ivan le Terrible » prend son sens politique : elle exprime la crainte d’un pouvoir qui chercherait davantage à inspirer la peur qu’à obtenir l’adhésion. Mais au-delà du surnom, la question demeure : gouverne-t-on selon les règles d’une République lorsque les citoyens redoutent les conséquences personnelles et familiales d’une opinion différente ?Le président doit apporter une réponse par ses actes : protéger les libertés, faire enquêter sur les abus dénoncés, garantir les droits de la défense et empêcher que les services de l’État deviennent des instruments de règlement de comptes.On ne peut pas fermer les portes du débat, puis s’étonner que la confrontation se radicalise. Un pouvoir qui rend l’opposition pacifique impraticable porte une lourde responsabilité dans la dégradation de la vie politique.Pour autant, affirmer que Kabila « n’avait aucun choix » serait aller trop loin. La répression peut expliquer une radicalisation ; elle ne donne pas un blanc-seing à la violence. Les populations congolaises ont déjà payé trop cher les luttes pour le pouvoir.Notre exigence doit rester la même pour tous : aucune autorité ne peut confisquer la République, aucune opposition ne peut disposer de la vie des Congolais.La véritable question est donc celle-ci : que fait le pouvoir de Félix Tshisekedi pour que l’action démocratique reste possible ?Car demander aux autres d’agir en démocrates impose d’abord de les traiter en citoyens.La RDC appartient aussi à ceux qui contestent son président. Leur liberté, leur sécurité et celle de leurs familles ne sont pas des faveurs. Elles sont la mesure même de la République.
CLBB




