Il y a des scènes qui devraient interrompre nos querelles partisanes. Celle d’un père annonçant qu’il accepte de se rendre pour tenter de sauver ses enfants en fait partie.
Dans une déclaration publique relayée par la presse, Henry Magie affirme avoir reçu des menaces visant ses enfants. Il rapporte l’enlèvement de leur mère par des inconnus, puis un ultimatum exigeant qu’il annonce sa reddition à Kinshasa. Ce sont, à ce stade, ses accusations : elles appellent une vérification indépendante et une réaction urgente.
Mais une chose doit être dite sans hésitation : aucun engagement politique, aucune appartenance à une rébellion, aucune accusation contre un homme ne justifie que l’on menace ses enfants ou que l’on s’en prenne à leur mère.
On peut désapprouver Henry Magie. On peut condamner son choix de la lutte armée. On peut lui demander de répondre de ses actes. Cela ne donne à personne le droit de transformer sa famille en instrument de pression.
Les enfants n’ont pas adhéré à l’AFC. Ils n’ont pas choisi le FRN. Ils n’ont pas à payer pour les convictions ou les actes de leur père.
Présenter cette annonce comme une simple reddition volontaire, sans mentionner les menaces qu’il dénonce, serait travestir le sens de son témoignage. Un homme qui dit céder pour préserver la vie de ses enfants décrit une contrainte, pas une décision libre.
La question dépasse donc Henry Magie : quelle valeur aurait une victoire politique obtenue par la terreur exercée sur une famille ?
Les autorités de Kinshasa sont directement interpellées. Leur responsabilité dans les faits allégués reste à établir. Mais leur devoir de protection exige une réponse claire : où se trouve la mère des enfants ? Les enfants sont-ils en sécurité ? Qui sont les auteurs des menaces ? Quelles démarches sont entreprises pour les identifier ?
Si des agents publics sont impliqués, il faut établir les responsabilités et en tirer les conséquences. Si des individus usurpent la qualité de membres des services de sécurité, il faut les rechercher. Dans les deux cas, une enquête indépendante et crédible s’impose.
Un pouvoir sûr de sa légitimité doit pouvoir poursuivre un adversaire sans terroriser sa famille.
Et où sont les organismes de défense des droits humains ?
La question mérite d’être posée comme un appel pressant à agir. La CNDH, les associations congolaises, les organisations internationales et les mécanismes compétents des Nations unies doivent chercher à vérifier cette alerte, protéger les personnes menacées et documenter les faits.
La défense des droits humains perd son sens lorsqu’elle dépend de la couleur politique des victimes. La famille d’un rebelle mérite la même protection que celle d’un ministre. L’enfant d’un opposant a la même dignité que celui d’un partisan du pouvoir.
Quant à ceux qui seraient tentés de rire devant les larmes de cet homme, qu’ils imaginent un instant recevoir un appel leur annonçant que la vie de leurs enfants dépend d’une déclaration publique. Le courage politique devient alors une épreuve intime dont aucun spectateur ne devrait se faire le juge arrogant.
Henry Magie devra répondre de ses propres actes si des faits lui sont reprochés. Mais sa famille doit être protégée sans condition.
Le pouvoir de Kinshasa est-il en train de perdre la tête ? Sa réponse à cette affaire permettra de juger son attachement aux principes qu’il invoque. Il lui appartient de faire rechercher les personnes disparues, de garantir la sécurité des enfants et de permettre que la vérité soit établie.
On ne restaure pas l’autorité de l’État en faisant trembler des enfants. On la restaure en les protégeant, même lorsque leur père est un adversaire.
CLBB





