Sans surprise, l’ancien président Joseph Kabila est enfin sorti du bois. Il vient d’assumer publiquement ses accointances avec la rébellion pro-rwandaise de l’Afc/M23 que les observateurs avisés avaient déjà relevées.
Le fait qu’il en était le véritable mentor n’était qu’un secret de polichinelle.
Tout comme le fait qu’il a conclu un partenariat (ou plutôt un tutorat) avec le dictateur rwandais, Paul Kagame, pour l’aider militairement à reconquérir le pouvoir dans un schéma similaire à celui de l’Afdl en 1997.
Mais ce rêve a un prix, celui de préserver les intérêts rwandais au Congo.
En effet, Kagame n’est pas fou. Même s’il déteste Félix Tshisekedi au point de lui vouer un sort funeste (comme LD Kabila), il ne va pas envoyer ses militaires au feu et à la mort sur le champ de bataille sans contrepartie.
C’est pourquoi, pour cerner la démarche fondamentale de ce mouvement, notre attention doit se porter sur la sémantique. Car les mots ont un sens.
La dénomination “Front pour la refondation de la nation” résulte manifestement d’un compromis. Pourquoi “refondation” et non libération ou restauration de la démocratie, salut de la nation ou encore d’autres termes dédiés par les mouvements insurrectionnels ?
Le terme refondation a une signification précise en politique. Il s’agit de remettre à plat les structures politiques, administratives et sociales du pays. Autrement dit, faire un trait sur le Congo dans ses fondements, ses structures et ses institutions actuels.
Or le peuple congolais n’en demande pas tant. Aucune communauté, groupe social, force vive de la nation congolaise n’a donné un tel mandat à qui que ce soit.
La nation congolaise s’est consolidée au fur et à mesure depuis l’indépendance, et l’unité du pays, au-delà de nos particularités ethniques, est l’un de nos grands acquis.
Seuls les protégés de Kagame, ceux qui ont formé le noyau de toutes les rébellions armées pro rwandaises (Rcd, Cndp, M23, Twirwaneho), font des revendications à caractère éthnique et territorial. Ils essayent d’ailleurs de propager la haine en agitant une prétendue discrimination des “swahiliphones”, contre toute évidence. Ce, alors que leurs leaders, notamment Ruberwa et Nyarugabo, ont été des privilégiés de la république ; et que l’ensemble des locuteurs du swahili, y compris des tutsi congolais, sont au cœur de la république.
On peut voir dans cette formulation le dessein de répondre aux revendications d’une minorité réfractaire à la république, et dont le curseur est plus proche du Rwanda que du Congo. Ceci pourrait passer par un nouveau découpage administratif dans les territoires convoités (comme par exemple l’autonomie administrative de Minembwe, entre autres) ou encore l’instauration d’un fédéralisme taillé sur mesure pour faciliter la captation du Kivu et de ses ressources.
Comme disait la journaliste belge, Colette Braeckman, Kagame ne se fera pas rouler deux fois par les congolais qu’il aura aidés à conquérir le pouvoir. Il exigera la concrétisation des engagements, qui ont probablement (et secrètement) déjà été pris.
Ce sera le prix à payer par cette “Afdl bis », dont les protagonistes sont un attelage hétéroclite de revanchards, d’assoiffés du pouvoir, de traîtres, d’agents du Rwanda, d’opportunistes sans foi ni loi et d’aigris de toutes sortes.
La résilience du peuple congolais doit s’organiser autour d’une union des forces républicaines pour barrer la route à cette énième tentative de déstabilisation du pays.
Les congolais ne vont pas tolérer les conséquences d’une nouvelle aventure mortifère, qui va prolonger les souffrances des populations et faire le lit d’une sujétion du Congo par son voisin agresseur.
Nous devons combattre cette vermine ensemble et de toutes nos forces, en mettant de côté nos désaccords…
Me Charles Kabuya





