Il fut un bâtisseur d’État et un souverain d’une redoutable cruauté. Son histoire rappelle qu’un dirigeant peut agrandir son pays tout en faisant souffrir son peuple.Ivan IV, connu sous le nom d’Ivan le Terrible, naît en 1530. Il devient grand-prince de Moscou à trois ans, après la mort de son père. Sa mère assure la régence, mais elle meurt lorsqu’il n’a que huit ans.L’enfant grandit au milieu des rivalités des grandes familles aristocratiques, les boyards. Humiliations, intrigues et luttes pour le pouvoir marquent son enfance. Cette expérience contribue à nourrir sa méfiance envers ceux qui l’entourent, sans suffire à expliquer ni à excuser sa violence future.En 1547, à seize ans, il est couronné tsar. Il devient le premier souverain russe à recevoir officiellement ce titre.Il veut un pouvoir fort. Il veut un État puissant. Il veut que personne ne puisse lui résister.Le réformateur devient persécuteurLes premières années de son règne comportent d’importantes réformes. Ivan réorganise l’administration, fait adopter un nouveau code juridique et renforce les capacités militaires de son État.Il conquiert les khanats de Kazan en 1552 et d’Astrakhan en 1556. Ces victoires étendent son autorité sur la Volga et contribuent à l’expansion de la puissance russe.Mais la guerre, les tensions politiques et les drames personnels assombrissent progressivement son règne.En 1560, sa première épouse, Anastasia, meurt. Ivan soupçonne un empoisonnement. La culpabilité qu’il attribue à ses adversaires n’est pas démontrée, mais ses soupçons alimentent une répression croissante.Le danger apparaît lorsque le souverain transforme sa peur en vérité d’État.Dès lors, être suspect peut suffire à devenir coupable.L’opritchnina : gouverner par la terreurEn 1565, Ivan met en place l’opritchnina. Il réserve une partie du territoire à son administration directe et s’appuie sur des hommes chargés de faire respecter sa volonté : les opritchniki.Confiscations, déplacements forcés, tortures et exécutions frappent ceux que le tsar considère comme des ennemis.La fidélité personnelle au souverain devient un instrument de pouvoir. La protection du pays sert à justifier la persécution de ses habitants.En 1570, Ivan s’en prend à Novgorod, soupçonnée de trahison. La ville subit une répression meurtrière. Des milliers de personnes périssent, même si le nombre exact demeure discuté.Une accusation collective suffit alors à condamner une population.Voilà ce que produit un pouvoir qui ne rencontre plus de limites : les soupçons du chef deviennent le malheur de tous.La violence jusque dans la familleL’un des épisodes les plus célèbres concerne la mort de son fils Ivan, en 1581.Selon le récit traditionnel, le tsar l’aurait frappé mortellement au cours d’une dispute. Les circonstances exactes restent débattues par les historiens.Cet épisode est devenu le symbole d’une autorité incapable de maîtriser sa propre violence.L’homme qui prétendait protéger sa dynastie aurait ainsi contribué à la fragiliser.Ivan meurt en 1584. Il laisse un territoire agrandi, mais aussi un pays éprouvé par les guerres et la répression.Que signifie « le Terrible » ?Le surnom russe Grozny évoque un souverain redoutable, imposant, qui inspire la crainte. Sa traduction par « le Terrible » ne restitue donc pas toutes ses nuances.Mais les nuances du mot n’effacent pas les violences du règne.L’histoire d’Ivan IV nous oblige à regarder ensemble ses réalisations et ses crimes. Les conquêtes ne rendent pas les victimes moins réelles. Les réformes ne donnent pas au souverain le droit de tuer sans limites.La leçon pour notre tempsUn pays peut avoir besoin d’autorité. Il a toujours besoin que cette autorité soit encadrée.Lorsque la critique devient une trahison, lorsque la loyauté envers un homme remplace le respect des institutions, lorsque des exécutants se croient autorisés à tout faire au nom du chef, la puissance de l’État menace ceux qu’elle devait protéger.La peur peut obtenir le silence. Elle ne construit pas une confiance durable.La grandeur d’un dirigeant se mesure aussi aux limites qu’il accepte et à la sécurité qu’il garantit à ceux qui ne pensent pas comme lui.
CLBB





