Le débat sur la centrale flottante annoncée à Matadi dépasse désormais le choix d’un équipement. Il soulève une question fondamentale : comment sortir durablement la République démocratique du Congo de ses pénuries d’électricité ? L’intervention du directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba, lors du briefing du 1er octobre 2026 avec le ministre Patrick Muyaya, mérite d’être prise en compte. Une critique sérieuse doit examiner les contraintes exposées par l’entreprise autant que les attentes légitimes des citoyens.
Comprendre les difficultés pour mieux situer les responsabilités
Selon les comptes rendus de cette intervention, la direction de la SNEL explique les perturbations notamment par la baisse du niveau des eaux, qui affecte la production hydroélectrique. Elle évoque également les difficultés de recouvrement et les raccordements frauduleux, susceptibles de surcharger les installations et de provoquer des incidents.À ces contraintes s’ajoute, selon le directeur général, un déséquilibre entre l’électricité disponible et la consommation. Il estime aussi que les tarifs ne couvrent pas suffisamment les coûts et déplore les impayés de certaines institutions publiques. Patrick Muyaya a, pour sa part, affirmé la volonté du gouvernement de renforcer la SNEL. Ces arguments méritent considération. Une entreprise privée des recettes nécessaires peut difficilement entretenir ses équipements, moderniser son réseau et financer de nouvelles capacités. Mais ils appellent aussi des engagements précis. Si les institutions publiques ne paient pas leurs factures, l’État doit commencer par régulariser ses propres consommations. Si les branchements frauduleux endommagent le réseau, leur traitement doit être rigoureux et équitable. Si les tarifs sont insuffisants, leur réexamen doit reposer sur des coûts vérifiables, une facturation fiable et la protection des ménages vulnérables.Le citoyen doit payer sa consommation réelle. La SNEL doit lui fournir un service dont elle peut rendre compte.
La centrale flottante : une réponse à évaluer dans son contexte
La SNEL présente la centrale flottante comme un moyen d’ajouter rapidement de la puissance disponible et de diversifier ses sources au-delà de l’hydroélectricité. Les comptes rendus du briefing évoquent une capacité d’environ 134 MW. Dans une situation de pénurie, cette option mérite une évaluation sérieuse. Pour un hôpital, une petite entreprise ou une famille soumise aux coupures, une amélioration rapide peut avoir une valeur considérable. Il serait toutefois prématuré de considérer son efficacité comme acquise avant sa mise en service. Il faut connaître le coût complet de l’électricité, les conditions d’approvisionnement en combustible, la durée du contrat, les garanties de disponibilité et les capacités du réseau à acheminer cette énergie.L’urgence justifie d’agir vite. Elle exige aussi de rendre le choix compréhensible et ses résultats mesurables.
L’Angola doit entrer dans une stratégie cohérente
Les propositions évoquées dans le débat concernant l’achat d’électricité angolaise et son transport jusqu’à Kinshasa méritent également d’être examinées. Leur intérêt dépendra du prix, des délais, du financement des lignes et des garanties de fourniture. Il faut néanmoins rappeler que, selon l’article transmis sur les discussions de Luanda en mai 2026, la SNEL participe déjà aux démarches d’interconnexion avec l’Angola. La question porte donc sur leur avancement et sur leur articulation avec les mesures d’urgence.Une ligne à construire ne répond pas immédiatement à une coupure actuelle. Mais une solution provisoire doit s’inscrire dans un programme qui prépare la suite.Les infrastructures destinées aux activités minières doivent aussi susciter une réflexion sur l’intérêt général : comment permettre aux ménages, aux services publics et aux autres entreprises de bénéficier du renforcement énergétique régional ?
Augmenter la production et réformer la gouvernance
La nécessité d’augmenter la production nationale demeure centrale. Importer de l’électricité peut contribuer à sécuriser l’approvisionnement, tandis que la RDC développe ses propres capacités.Il faut réhabiliter les installations existantes, assurer leur entretien, construire de nouvelles centrales et développer des solutions adaptées aux différents territoires. Ces investissements doivent avancer avec le renforcement du transport et de la distribution. Mais leur réussite dépend aussi de la gouvernance : transparence des marchés, maîtrise des coûts, recouvrement équitable, contrôle des pertes et publication des performances. La maîtrise technique d’un dirigeant est un atout. Elle doit pouvoir s’appuyer sur des institutions, des financements et des règles qui assurent la continuité du service au-delà des personnes.
De la vérité exposée à la responsabilité assumée
Le briefing a permis de porter les difficultés de la SNEL dans le débat public. C’est utile. Il doit maintenant être suivi d’un programme accessible : quelles actions, quels financements, quels délais et quelles améliorations attendues pour les abonnés ?Les responsabilités sont partagées, mais elles doivent être identifiables. L’État doit financer ses engagements et payer ses consommations. La SNEL doit améliorer sa gestion et son service. Les usagers doivent respecter les installations et régler les factures justifiées. Expliquer les coupures constitue un premier pas. Les réduire durablement reste l’épreuve décisive. La vérité sur la SNEL prendra tout son sens lorsque les engagements annoncés se traduiront par une électricité plus régulière, une facturation crédible et une lumière qui demeure allumée chez le citoyen.
CLBB





