La formule est sévère, mais elle résume parfaitement le spectacle offert : la pelouse du Stade des Martyrs a été qualifiée de « champ de manioc ». Et un journaliste, avec une ironie aussi cruelle que justifiée, a parlé de « football champêtre ».Comment peut-on prétendre développer le football congolais lorsque le principal stade du pays présente une aire de jeu indigne d’une grande nation sportive ?Le Stade des Martyrs n’est pas une petite infrastructure de quartier. Il est l’un des symboles de la République. C’est là que jouent les Léopards, que se disputent de grandes rencontres nationales et internationales, et que l’image de la RDC est exposée au monde. Pourtant, sa pelouse ressemble trop souvent à un terrain abandonné. Sur une telle surface, le ballon ne roule plus normalement, les passes deviennent imprévisibles et la technique des joueurs est neutralisée. Les risques de blessures augmentent. Le résultat sportif dépend alors moins du talent que de la capacité à survivre aux irrégularités du terrain. Ce n’est plus du football : c’est une lutte contre la pelouse.Le plus inquiétant est que cette situation révèle une maladie plus profonde : en RDC, nous aimons inaugurer, mais nous entretenons rarement. Nous investissons dans les cérémonies, les annonces et les rénovations ponctuelles, sans mettre en place une politique permanente de maintenance, avec des responsables identifiés, un budget transparent et des résultats contrôlables. Une pelouse professionnelle exige pourtant un entretien quotidien : arrosage adapté, drainage, tonte régulière, fertilisation, traitement phytosanitaire et repos entre les rencontres. Ce n’est ni un miracle ni une technologie inaccessible. C’est d’abord une question de compétence, de prévoyance et de responsabilité. Pourquoi attendre qu’un terrain soit publiquement humilié avant de réagir ? Qui est chargé de son entretien ? Quel budget y est consacré ? Comment cet argent est-il utilisé ? Pourquoi les responsables ne rendent-ils pas compte ? Il ne suffit pas de changer la pelouse chaque fois qu’un grand match approche. Il faut construire une véritable culture de l’entretien des biens publics. Une pelouse rénovée sans mécanisme durable de maintenance redeviendra inévitablement un « champ de manioc ». Le football congolais possède des talents. Il dispose d’un public passionné et d’une histoire prestigieuse. Ce qui lui manque trop souvent, ce sont des dirigeants capables d’offrir aux joueurs les conditions correspondant à leurs ambitions. Le « football champêtre » peut faire sourire. Mais derrière la plaisanterie se cache une humiliation nationale. Le Stade des Martyrs doit redevenir un temple du football, et non le symbole verdoyant de notre mauvaise gouvernance.
CLBB





