Une société peut survivre à une crise économique. Elle peut résister à une crise politique. Elle peut même surmonter une guerre. Mais lorsqu’elle est frappée par une crise morale profonde, c’est toute son âme qui vacille.
Les allégations qui circulent actuellement autour de certains dirigeants de l’Association des Professeurs de l’Université de Kinshasa (APUKIN) sont graves. Très graves. Entre accusations de rétrocommissions, soupçons d’avantages occultes, prétendues distributions d’argent pour soutenir des initiatives politiques controversées et divulgation d’enregistrements compromettants, le spectacle offert à l’opinion publique est consternant.
Bien entendu, dans un État de droit, toute personne mise en cause bénéficie de la présomption d’innocence. Les faits allégués doivent être établis par des preuves et faire l’objet d’enquêtes sérieuses. Mais au-delà de la véracité ou non de chaque accusation, une question fondamentale se pose : comment en sommes-nous arrivés à un point où même les institutions censées incarner l’excellence intellectuelle se retrouvent associées à de telles controverses ?
L’université n’est pas une institution ordinaire. Elle est le temple du savoir, le laboratoire des idées et la conscience critique de la nation. Le professeur d’université n’est pas seulement un enseignant ; il est un modèle, un guide et un repère moral pour les générations futures.
Lorsque des universitaires sont perçus comme des acteurs de combines politiques ou financières, c’est la crédibilité de toute l’institution qui est fragilisée. Lorsque des syndicalistes sont accusés de privilégier leurs intérêts personnels au détriment de ceux qu’ils représentent, c’est la confiance collective qui s’effondre. Lorsque la défense des droits des collègues cède la place aux calculs politiciens, c’est l’esprit même du syndicalisme qui est trahi.
Le plus inquiétant dans cette affaire n’est peut-être pas l’argent dont il est question. Le véritable scandale réside dans la banalisation de pratiques qui choquent de moins en moins une société devenue habituée aux révélations de corruption, de détournement et de compromission.
La RDC traverse une période où tout semble négociable : les convictions, les principes, les institutions et parfois même l’intérêt général. Le drame est que cette culture de la transaction permanente finit par contaminer tous les secteurs de la vie nationale.
Pendant ce temps, les étudiants étudient dans des conditions souvent précaires. Les chercheurs manquent de moyens. Les bibliothèques se vident. Les laboratoires vieillissent. Les universités peinent à remplir leur mission fondamentale. Pourtant, l’énergie de certains responsables semble davantage orientée vers les batailles de positionnement et les luttes d’influence.
Le problème du Congo n’est pas seulement institutionnel. Il n’est pas uniquement économique. Il est profondément éthique.
Une nation progresse lorsque ses élites donnent l’exemple. Elle recule lorsque celles-ci deviennent elles-mêmes le symbole des dérives qu’elles dénoncent publiquement.
Le peuple congolais a besoin de dirigeants politiques intègres, mais il a également besoin d’intellectuels courageux. Il a besoin de professeurs qui parlent au nom de la vérité plutôt qu’au nom des intérêts du moment. Il a besoin d’universités capables de former des citoyens libres et non des courtisans du pouvoir.
Car lorsqu’un pays perd confiance en ses enseignants, en ses intellectuels et en ses institutions académiques, il commence à perdre confiance en son avenir.
Et aucune République ne peut durablement se construire sur les ruines de sa conscience morale.
CLBB
La parole libre au service de la vérité et de la République.





