Le vaste dégagement lancé autour du Marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando », suscite des réactions contrastées dans la capitale. Si plusieurs Kinois saluent la volonté du gouverneur Daniel Bumba Lubaki de remettre de l’ordre autour de ce haut lieu du commerce, d’autres dénoncent une opération brutale qui frappe de plein fouet les petits vendeurs déjà étranglés par la précarité.
Depuis plusieurs jours, les bulldozers et équipes de la ville s’activent sur les avenues Bokasa, Rwakadingi, du Marais, du Marché, de l’École, Plateau, Kasa-Vubu et Bolingo. Étals démontés, marchandises déplacées dans la précipitation, espaces libérés : le gouvernement provincial affiche sa détermination à mettre fin à l’occupation anarchique des emprises publiques autour de « Zando ».
Dans un communiqué signé le 25 mai 2026, le ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu, affirme que ces opérations visent à restaurer l’ordre urbain, améliorer la salubrité et fluidifier la circulation avant la réouverture prochaine du marché central. Les autorités préviennent également que toute présence commerciale dans les zones ciblées expose désormais les contrevenants à des saisies de marchandises et à des évacuations forcées.
Mais derrière les images d’assainissement applaudies par une partie de l’opinion, une autre réalité choque de nombreux habitants : celle de centaines de petits commerçants traités comme des indésirables alors qu’ils tentent simplement de survivre.
À Kinshasa, vendre au bord d’une avenue ou sur un trottoir n’est pas toujours un choix. Pour beaucoup, c’est l’ultime recours face au chômage, à l’absence d’encadrement économique et au manque d’espaces commerciaux accessibles. Plusieurs vendeuses rencontrées autour de « Zando » disent avoir perdu en quelques heures leur unique source de revenus, parfois sans solution de relogement ni accompagnement.
« On veut la propreté, oui. Mais on ne peut pas humilier des mamans qui se battent pour nourrir leurs enfants », lâche un habitant de la commune de la Gombe, témoin des opérations.
La mesure qui menace même les acheteurs d’interpellation provoque également l’incompréhension. Pour plusieurs Kinois, lutter contre le désordre urbain ne devrait pas transformer les vendeurs informels en délinquants. Beaucoup estiment qu’un réaménagement réussi devait d’abord passer par des alternatives concrètes, des marchés de remplacement et un dialogue avec les concernés.
Car si l’assainissement de la ville apparaît nécessaire aux yeux de nombreux habitants, la méthode, elle, continue de diviser. Entre impératif d’ordre public et urgence sociale, l’opération autour de « Zando » révèle surtout le profond malaise d’une capitale où des milliers de familles vivent chaque jour du commerce informel.
NGK





