La Banque mondiale vient de publier son rapport sur la situation économique de la RDC (mars 2026), intitulé « Du Parking à la Voie Rapide ». Derrière ce titre qui se veut optimiste se cache pourtant un diagnostic sévère : les entreprises publiques congolaises accumulent des pertes colossales et constituent désormais une menace pour la stabilité des finances publiques.Autrement dit, ce qui devrait être un moteur de développement est devenu un poids pour l’État.Le constat n’est pas nouveau. Depuis plusieurs décennies, les entreprises publiques en RDC vivent dans une zone grise où se mélangent gestion approximative, interférences politiques et absence de reddition des comptes. Beaucoup d’entre elles ne fonctionnent plus comme des entreprises, mais comme des refuges politiques, des instruments de clientélisme ou des parkings pour cadres en attente de repositionnement.Le terme “parking”, utilisé dans le rapport de la Banque mondiale, n’est donc pas une métaphore anodine. Il décrit une réalité bien connue des Congolais : certaines entreprises publiques sont devenues des lieux où l’on stationne des responsables politiques, des alliés ou des proches du pouvoir, sans véritable exigence de performance. Dans ces conditions, parler de rentabilité ou de compétitivité relève presque de la fiction.Pourtant, ces entreprises devraient être au cœur du développement national. Dans un pays-continent comme la RDC, les entreprises publiques jouent un rôle stratégique : transport, énergie, mines, infrastructures, télécommunications. Elles devraient structurer l’économie, créer de l’emploi et soutenir la croissance.Au lieu de cela, elles deviennent souvent des gouffres financiers que l’État doit continuellement renflouer.Le danger est évident. Lorsque les pertes des entreprises publiques s’accumulent, ce sont les finances publiques qui s’affaiblissent. Et lorsque les finances publiques vacillent, ce sont les services essentiels — santé, éducation, infrastructures — qui en paient le prix.Le paradoxe est cruel : un pays immensément riche en ressources naturelles se retrouve fragilisé par la mauvaise gestion de ses propres instruments économiques.Mais la question fondamentale n’est pas seulement économique. Elle est profondément politique.Réformer les entreprises publiques exige du courage politique. Cela suppose de rompre avec les pratiques de nomination clientéliste, d’instaurer une véritable culture de performance et d’imposer la transparence dans la gestion.Or ces réformes se heurtent souvent à un mur : les intérêts politiques qui prospèrent justement dans ce système défaillant.Passer du “parking” à la “voie rapide”, comme l’indique le rapport, ne sera donc pas seulement une question de technocratie ou de recommandations internationales. Ce sera avant tout une question de volonté politique.Car un pays ne peut pas accélérer son développement avec des institutions économiques immobilisées dans le stationnement permanent.La RDC possède les ressources, les talents et les opportunités pour avancer. Mais tant que ses entreprises publiques resteront des parkings politiques plutôt que des moteurs économiques, la voie rapide du développement restera une promesse lointaine. Et le Congo continuera de tourner en rond… dans le même parking.
CLBB





