À Kinshasa, la question de la masse salariale publique s’impose comme l’un des angles morts les plus coûteux de la gouvernance économique. Dans une note publiée en mars 2026, le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local met en lumière une mécanique budgétaire devenue incontrôlable, où les dépenses de personnel dépassent systématiquement les limites fixées par la loi, au point d’éroder les marges de manœuvre de l’État.
Sur la période 2021-2025, près de 18,9 milliards de dollars ont été mobilisés pour la rémunération des agents publics. Derrière ce chiffre, un dérapage continu : chaque exercice budgétaire s’est soldé par des dépassements, pour un surplus cumulé estimé à près de 2 milliards de dollars. Une pratique en contradiction directe avec les principes de discipline budgétaire, régulièrement épinglée par la Cour des Comptes, mais sans conséquences apparentes sur la gestion gouvernementale.
Ce déséquilibre pèse d’autant plus lourd que la masse salariale absorbe en moyenne 43,42 % des recettes internes, bien au-delà du seuil de 35 % retenu dans les engagements avec le Fonds Monétaire International. Pour les partenaires techniques et financiers, cette trajectoire constitue désormais un facteur de vulnérabilité majeur, susceptible de compromettre les efforts de stabilisation macroéconomique engagés ces dernières années.
Mais au-delà des chiffres, c’est la fiabilité même du fichier de paie qui interroge. Les contrôles successifs de l’Inspection Générale des Finances ont révélé l’existence d’un vaste réseau d’irrégularités : agents fictifs, doublons, identités falsifiées. Le manque à gagner pour le Trésor est évalué à 889 millions de dollars sur cinq ans, révélant une fraude structurelle qui résiste aux tentatives de correction, y compris celles portées par des réformes numériques comme le système SYGECPAF.
Dans ce contexte, l’instruction donnée en février 2026 par le président Félix Tshisekedi de relancer un audit du fichier de paie apparaît comme une tentative de reprise en main. Une initiative accueillie sans enthousiasme excessif par le CREFDL, qui souligne la répétition de diagnostics sans suite. Faute de rupture dans l’exécution des réformes et de sanctions effectives, préviennent plusieurs observateurs, la masse salariale pourrait continuer de fonctionner comme une zone grise des finances publiques congolaises, absorbant des ressources vitales sans réelle traçabilité.
NGK





