Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans la manière dont certains Africains réagissent aujourd’hui à la disqualification du Sénégal. Une hystérie collective. Un tribunal populaire improvisé. Une indignation sélective. Et, comme toujours, cette vieille maladie : accuser “l’Afrique” quand cela nous arrange, puis invoquer la justice quand cela nous sert.
Mais enfin… que voulons-nous exactement ?
Voulez-vous des règles ou voulez-vous des arrangements ?
Voulez-vous une justice institutionnelle ou une justice émotionnelle ?
Voulez-vous des compétitions crédibles ou des titres de complaisance ?
Parce qu’il faut être clair : on ne peut pas réclamer l’État de droit et pleurer dès qu’il s’applique.
L’Afrique des slogans contre l’Afrique des règles
Depuis des années, les mêmes voix, les mêmes donneurs de leçons, les mêmes “experts WhatsApp” nous fatiguent avec les discours sur :
la rigueur institutionnelle
le respect des règlements
la professionnalisation du sport africain
Mais dès qu’un article de règlement est appliqué — même s’il fait mal — les masques tombent.
On ne parle plus de droit.
On parle d’émotion.
On ne parle plus de règles.
On parle de “complot contre l’Afrique”.
Quelle incohérence intellectuelle !
Le vrai problème : l’ignorance assumée
Ce qui choque le plus dans cette affaire, ce n’est même pas la décision.
C’est le niveau de superficialité du débat.
Qui, parmi ceux qui crient aujourd’hui, a réellement lu :
le règlement de la compétition ?
l’article précis ayant motivé la sanction ?
les précédents juridiques dans des cas similaires ?
Personne.
On préfère crier.
On préfère accuser.
On préfère transformer l’ignorance en indignation.
C’est devenu une spécialité continentale : parler fort sur ce qu’on ne comprend pas.
Le syndrome africain : victimisation permanente
Dès qu’une décision défavorable tombe, le réflexe est immédiat :
“On nous fait du mal.”
“On ne respecte pas l’Afrique.”
“C’est une injustice.”
Mais pour une fois — une seule fois — on applique un règlement.
Et soudain, cela devient un scandale.
Donc, la justice est bonne… sauf quand elle nous dérange ?
C’est cela, le fond du problème.
Nous voulons être respectés sans être rigoureux.
Nous voulons gagner sans discipline.
Nous voulons briller sans responsabilité.
Oui, il y a un vrai problème… mais pas celui que vous croyez
Le seul point sur lequel l’indignation est légitime, c’est le temps de réaction.
Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?
Pourquoi laisser une situation pourrir avant de trancher ?
Cela, oui, c’est critiquable.
Cela, oui, pose un problème de gouvernance.
Mais le fond de la décision ?
Si elle est conforme au règlement, elle est non négociable.
Leçon amère mais nécessaire
Le Sénégal est une grande nation de football.
Mais même les grandes nations ne sont pas au-dessus des règles.
Et c’est précisément cela qui distingue :
un football amateur d’un football professionnel
une organisation faible d’une institution crédible
Les règles ne sont pas faites pour les faibles. Elles sont faites pour tout le monde.
Conclusion CLBB
Le vrai drame n’est pas la chute du Sénégal.
Le vrai drame, c’est notre incapacité chronique à être cohérents.
Nous voulons :
la justice sans conséquences
la rigueur sans contraintes
la victoire sans discipline
Cela ne fonctionne pas.
Une civilisation qui refuse la règle ne peut jamais imposer le respect.
Alors, cessons les cris.
Lisons. Comprenons. Acceptons.
Et surtout…
Grandissons.
— CLBB





