Il avait parlé. On l’avait trouvé excessif. Aujourd’hui, les faits sont têtus. En octobre 2025, Godé Mpoy, député national et Professeur en économie montait au créneau pour dénoncer un déficit budgétaire qu’il jugeait explosif. Il prédisait des difficultés de paiement dès décembre, un mois de janvier chaotique et un État incapable d’honorer ses engagements.
Beaucoup y voyaient un discours alarmiste. Nous sommes le 14 février 2026 aujourd’hui : les fonctionnaires attendent toujours leur salaire de janvier.
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La prophétie n’a plus rien d’une hypothèse. Elle a le goût amer du quotidien.
Un État qui emprunte pour payer ses propres agents
Pendant que les enseignants, infirmiers et agents administratifs comptent les jours, le ministère des Finances sollicite un prêt de 70 millions de dollars auprès d’opérateurs économiques privés. Conditions : remboursement sur 18 mois avec un intérêt de 9 %.
L’État n’a plus assez de liquidités pour payer ses salariés et doit s’endetter à coût élevé pour boucler les fins de mois.
Un pays qui emprunte pour payer des salaires, ce n’est plus un simple trou de trésorerie. C’est un signal rouge clignotant.
« Stabilité artificielle », dit-il
Sur le plan monétaire, le franc congolais s’est apprécié ces derniers mois, passant d’environ 2 800 FC à près de 2 350 FC pour un dollar. Le gouverneur de la Banque centrale du Congo parle d’efforts disciplinés et de stabilité macroéconomique consolidée.
Mais pour Godé Mpoy, cette embellie est « artificielle, fragile et provisoire ». Selon lui, les injections de devises pour soutenir le franc ne règlent rien sur le fond. Pire, la baisse du taux directeur pourrait recréer des tensions inflationnistes. « Ce que la Banque centrale gagne d’un côté, elle le perd de l’autre », tranche-t-il.
Autrement dit : le franc tient, mais à quel prix ? Et pour combien de temps ?
Le carburant, thermomètre cruel
Prenons le carburant. Avant l’appréciation du franc, le litre d’essence coûtait environ 2 690 FC avec un taux de change proche de 2 900 FC pour un dollar soit moins d’un dollar le litre.
Aujourd’hui, affiché autour de 2440 FC, le litre dépasse pourtant le dollar avec le nouveau taux de change.
La monnaie s’apprécie, mais le panier du citoyen ne respire pas.
Le fonctionnaire, lui, ne vit ni de taux directeur ni de statistiques macroéconomiques. Il vit de son salaire. Et ce salaire n’est pas là.
L’équation politique
Un État peut survivre à une tension passagère. Il survit difficilement à une crise de confiance. Quand les agents publics ne sont pas payés, quand l’exécutif doit tendre la main au secteur privé pour assurer le minimum vital, quand la stabilité monétaire est contestée jusque dans l’hémicycle, le problème dépasse les chiffres. Il devient politique.
En octobre, l’avertissement semblait excessif. En février, il ressemble à un diagnostic lucide.
La vraie question n’est plus de savoir si la prophétie s’est accomplie. Elle est plus brutale : combien de temps un État peut-il rester crédible quand il ne paie plus ceux qui le font fonctionner ?
NGK





