Le Ministère des Finances demande aux opérateurs économiques de lui prêter 70 millions de dollars, remboursables avec un intérêt de 9 % sur 18 mois.
Parole écrite.
Mais le Congo ne vit plus de paroles.
Il vit de chiffres.
Et les chiffres, eux, ne mentent pas.
I. 70 millions : pour quoi faire ?
Un État n’emprunte jamais par hasard.
Il emprunte pour investir… ou pour survivre.
Si ces 70 millions financent une centrale électrique, un corridor minier, une infrastructure stratégique générant plus de 9 % de rendement : l’opération est défendable.
S’ils servent à combler un déficit, payer des dépenses courantes ou éteindre un incendie budgétaire : nous parlons alors d’oxygène artificiel.
Et l’oxygène à 9 % coûte cher.
II. Le calcul froid
70 000 000 USD
Taux : 9 %
Durée : 18 mois
Coût approximatif des intérêts :
70 000 000 × 0,09 × 1,5 = 9 450 000 USD
Presque 10 millions de dollars d’intérêts.
Dans un pays où l’on explique qu’il manque des moyens pour la santé, l’éducation, les routes rurales.
La question n’est pas morale.
Elle est stratégique.
III. L’analyse coût-bénéfice : a-t-elle été faite ?
Emprunter à 9 % suppose une chose :
que le projet financé produise un rendement supérieur à 9 %.
Sinon ?
On ne finance pas le développement.
On finance la dette.
Un État sérieux répond publiquement à trois questions :
Quelle est la destination précise des fonds ?
Quelle est la source de remboursement ?
Quel est le rendement économique attendu ?
Sans cela, on navigue à vue.
IV. Message aux opérateurs économiques
Quand la République démocratique du Congo emprunte auprès de ses propres opérateurs économiques, elle envoie un signal fort :
Soit elle mobilise intelligemment l’épargne nationale pour financer un projet stratégique ;
Soit elle révèle une tension de trésorerie préoccupante.
Les opérateurs feront leur calcul :
9 % avec l’État ;
ou un rendement commercial plus élevé ailleurs.
La confiance n’est pas une déclaration politique.
C’est une équation financière.
V. Le vrai enjeu : la crédibilité
L’endettement n’est pas un péché.
Tous les États modernes s’endettent.
Mais la dette doit être :
productive
transparente
planifiée
orientée vers la croissance
Sinon, elle devient un cercle.
Et un cercle budgétaire finit toujours par se refermer.
Conclusion
Emprunter à 9 % n’est pas un scandale.
Emprunter sans vision claire en est un.
Le Congo ne manque pas d’argent.
Il manque de stratégie cohérente.
À 9 %, ce n’est pas seulement 70 millions que l’on engage.
C’est la crédibilité financière de l’État.
CLBB





