Au plus fort de la tourmente sécuritaire de 2025, alors que Goma et Bukavu tombaient sous l’occupation de l’AFC/M23 appuyée par l’armée rwandaise, l’Exécutif congolais se voulait exemplaire. Caméras braquées, discours grave, symbole fort : un chèque de 1,201 milliard de francs congolais, soit 421 000 dollars, brandi par la Première ministre Judith Suminwa au nom de son gouvernement, pour soutenir les FARDC et les Wazalendo. Le message était clair : l’État se serre la ceinture, la Nation se mobilise.
Un an plus tard, les chiffres budgétaires racontent une tout autre histoire.
L’arithmétique cruelle de la gouvernance
Selon les données disponibles pour l’exercice 2025, le Gouvernement Suminwa a dépensé 844 millions de dollars pour le seul fonctionnement des ministères, soit un dépassement budgétaire de 33 %. Une enveloppe colossale, consacrée aux dépenses dites de consommation courante : missions à l’intérieur et à l’étranger, frais de voyage, primes diverses, carburant, fournitures de bureau, produits d’entretien, frais de représentation.
Le contraste est saisissant. D’un côté, un geste de solidarité financière équivalant à 0,05 % des dépenses de fonctionnement de l’Exécutif. De l’autre, une machine gouvernementale qui, malgré la guerre et les injonctions présidentielles à la sobriété, continue de tourner à plein régime.
Quand la communication supplante l’effort réel
La scène du 1er mars 2025, au studio Maman Angebi, lors du lancement de la campagne « Congolais Telema », reste gravée dans les esprits. La Première ministre appelait alors chaque Congolais à contribuer à l’effort de guerre, affirmant que les membres du gouvernement avaient donné l’exemple en prélevant sur leurs propres revenus.
« Chacun de nous, en tant que membre du gouvernement, a apporté sa contribution », déclarait-elle solennellement.
Dans la foulée, plusieurs entreprises du portefeuille de l’État avaient suivi le mouvement, multipliant les chèques et les annonces. Mais à l’épreuve des chiffres, ce geste apparaît aujourd’hui comme un acte essentiellement symbolique, voire de pure communication politique, au regard des montants engloutis parallèlement par le fonctionnement de l’appareil d’État.
L’appel présidentiel resté lettre morte
Pourtant, le 29 janvier 2025, après la chute de Goma et le carnage de plus de 10 000 morts, le président Félix Tshisekedi avait haussé le ton. Lors du Conseil des ministres du 31 janvier, il avait appelé à une réduction drastique du train de vie des institutions et instruit la cheffe du gouvernement de piloter personnellement ce processus.
Un an plus tard, le verdict est sévère : la sobriété promise n’a pas survécu aux pratiques. Pire, le dépassement budgétaire suggère une déconnexion profonde entre le discours de guerre et la réalité de la dépense publique.
Une question de crédibilité budgétaire
Au-delà de la polémique politique, l’enjeu est économique et institutionnel. Dans un pays en guerre, chaque dollar public est un signal. Dépenser 844 millions USD pour faire fonctionner les ministères, tout en exhibant un don de 421 000 USD pour l’effort militaire, pose une question centrale : quelle est la hiérarchie réelle des priorités de l’État congolais ?
À force de confondre exemplarité et mise en scène, la gouvernance risque de perdre ce qui lui reste de capital confiance. Or, en temps de guerre, la crédibilité budgétaire est aussi une arme.
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