Il y a exactement sept mois, le 27 juin 2025, Kinshasa et Kigali scellaient à Washington ce qui devait être un tournant historique pour la paix dans la région des Grands Lacs. Sous l’égide de l’administration Trump, lors d’une cérémonie solennelle tenue le 4 décembre 2025, les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame avaient signé un Accord de paix présenté comme “historique”, s’engageant publiquement à en respecter les termes pour mettre fin à des décennies de violences et d’hostilités dans l’est de la République démocratique du Congo.
L’événement, vivement salué par Washington comme une avancée majeure vers la paix, avait même rassemblé plusieurs dirigeants africains et suscité des appels internationaux à traduire ces engagements en actes concrets.
Sept mois plus tard : le vif contraste entre rituel diplomatique et immobilisme
Sept mois plus tard, la réalité impose un constat glaçant : les mots ont été nombreux, les actes restent rares. Le Baromètre des Accords de Paix en Afrique ne laisse aucune place au doute. Le taux global d’exécution stagne à 23,3 %, inchangé depuis novembre et décembre 2025. Loin de la fanfare diplomatique qui avait accompagné la signature, l’Accord apparaît aujourd’hui comme un document vivant… mais immobile. Les engagements pris entre Kinshasa et Kigali restent largement sur le papier, tandis que les populations continuent de vivre au rythme des attaques, des déplacements et des pénuries humanitaires.

Entre diplomatie brillante et paralysie opérationnelle
Il est vrai que la période récente a connu quelques succès institutionnels. La réunion de Lomé a permis d’adopter une nouvelle architecture de médiation de l’Union africaine, et le Médiateur africain a entamé une tournée régionale pour en assurer la mise en œuvre. Des consultations élargies ont eu lieu sous la houlette du Président João Lourenço et la CIRGL s’est penchée sur la situation sécuritaire de l’Est congolais. Le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira constitue aussi une lueur encourageante.
Mais ces succès demeurent fragiles, symboliques, presque décoratifs face aux réalités du terrain. L’intensification des hostilités du M23, le maintien des mesures défensives rwandaises et les obstacles persistants à l’aide humanitaire rappellent que la diplomatie des conférences ne suffit pas à mettre fin aux conflits armés.
Qui est responsable de l’immobilisme ?
La responsabilité est partagée, mais chacun cherche à s’en dédouaner. Kinshasa accuse Kigali de ne pas désengager ses mesures défensives et de soutenir de fait l’AFC/M23. Kigali, de son côté, reproche à la RDC de ne pas neutraliser les FDLR et de retarder la mise en œuvre des engagements. Entre ces deux géants régionaux, la population est le témoin impuissant d’un bras de fer diplomatique qui se joue au détriment de la paix réelle.
Même le processus de Doha, mené sous l’égide du Qatar et censé compléter l’Accord de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, demeure paralysé depuis novembre 2025. Les cessez‑le‑feu, déclarations de principes et autres mécanismes signés restent des promesses sur papier, sans traduction opérationnelle sur le terrain.
Sept mois de stagnation, sept mois de danger
À ce rythme, l’Accord de Washington prend le risque de devenir une illusion diplomatique : un geste symbolique d’apparente volonté de paix qui masque l’inaction et l’incapacité à transformer les engagements en résultats concrets. Les acteurs régionaux et internationaux : Washington, l’UA, Doha doivent comprendre que la paix ne se décrète pas depuis un bureau, et que le peuple congolais, éreinté par des décennies de guerre, n’a plus la patience des grandes déclarations.
Sept mois après la signature, l’Accord de Washington est, pour l’heure, une promesse suspendue dans le vide. Si les gouvernements congolais et rwandais n’accélèrent pas immédiatement sa mise en œuvre, cette paix fragile pourrait rester une chimère, au moment même où la guerre continue de ravager l’Est de la RDC.
NGK





