À Kananga, ce n’est pas un crime qui choque.
C’est un geste.
Le colonel John Mbela, officier de la Police nationale congolaise, est convoqué, interrogé, presque cloué au pilori institutionnel non pour avoir racketté, détourné ou violenté… mais pour avoir partagé du riz et des haricots avec ses hommes, au cœur de la nuit, pendant le séjour du président Félix Tshisekedi.
Oui, vous avez bien lu.
Dans ce pays, donner à manger peut vous conduire à l’auditorat.
La vidéo devenue virale n’expose pas une trahison.
Elle expose une vérité que l’État préfère ne pas voir :
des hommes en uniforme, en patrouille, fatigués, affamés, survivant plus qu’ils ne servent.
Le colonel Mbela n’a pas défié l’autorité du Chef de l’État.
Il n’a pas sapé la hiérarchie.
Il n’a pas appelé à l’insubordination.
Il a simplement agi comme un père de famille, à minuit passé, face à des hommes censés protéger la République mais abandonnés par elle.
Et c’est précisément cela qui dérange.
Car cette vidéo ne montre pas un officier fautif.
Elle montre un État défaillant.
Un État qui préfère punir celui qui révèle, plutôt que corriger ce qui humilie.
Depuis quand la discipline consiste-t-elle à affamer ?
Depuis quand l’ordre se construit-il sur la faim institutionnalisée ?
Depuis quand la loyauté se mesure-t-elle à la capacité de fermer les yeux sur l’indignité ?
Le vrai scandale n’est pas le geste du colonel Mbela.
Le vrai scandale, c’est que ce geste ait été nécessaire.
On parle de code de discipline.
Très bien.
Mais qu’on nous montre aussi le code de responsabilité de l’État envers ses forces de sécurité.
Qu’on nous montre l’article qui explique pourquoi un policier doit compter sur la générosité de son commandant pour manger.
À force de gouverner par la sanction négative, on fabrique une République de la peur, pas une République de l’ordre.
À force de traquer les vidéos plutôt que les causes, on transforme les réseaux sociaux en tribunaux de substitution.
Ce régime semble découvrir, caméra après caméra, ce qu’il refuse de regarder en face :
la réalité nue.
Le colonel Mbela n’est pas un problème.
Il est un symptôme.
Celui d’un pays où dire la vérité coûte plus cher que mal faire.
S’il y a une faute, qu’elle soit établie.
Mais qu’on conseille avant de condamner.
Qu’on corrige avant d’humilier.
Qu’on réforme avant de sacrifier.
Car un pays qui punit ceux qui nourrissent,
et protège ceux qui affament,
n’est pas en crise de discipline.
Il est en crise de conscience.
CLBB
La République ne s’effondre pas quand un colonel partage du riz.
Elle s’effondre quand ce geste devient une affaire d’État.

