Il est des noms qui ne s’éteignent jamais tout à fait, parce qu’ils sont devenus plus grands que les lignées, plus vastes que les destins individuels. Lumumba est de ceux-là. Avec la disparition, ce jour à Kinshasa, de Roland-Gilbert Okito Lumumba, à l’âge de 68 ans, c’est une voix grave et tenace de la mémoire congolaise qui s’éteint, mais non l’exigence qu’il porta toute sa vie : celle de la vérité.
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Fils de Patrice Emery Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant, assassiné en 1961, Roland Lumumba n’a jamais cherché à habiter l’ombre encombrante d’un père mythifié. Il s’est efforcé, au contraire, de faire de cet héritage une responsabilité politique et morale. Ancien député de la République démocratique du Congo pendant près d’une décennie, il s’est tenu à distance des flamboyances faciles, préférant le travail obstiné, souvent ingrat, de la transmission et de la justice.
Ces dernières années, son visage était devenu familier dans les couloirs feutrés de la justice belge. À Bruxelles, où il assistait à des audiences décisives liées à l’assassinat de son père, Roland Lumumba répétait inlassablement que sa démarche n’était ni animée par la vengeance ni par le ressentiment, mais par une « soif de savoir ». Une formule simple, presque austère, qui résumait sa posture : celle d’un homme convaincu que les nations ne se réconcilient avec elles-mêmes qu’en affrontant leurs zones d’ombre.
Il fut aussi l’un des artisans majeurs d’un moment hautement symbolique de l’histoire congolaise contemporaine : le rapatriement, en juin 2022, de la relique de Patrice Lumumba, conservée durant des décennies en Belgique. Cet acte, à la fois intime et politique, visait moins à clore un deuil familial qu’à restituer au Congo et à l’Afrique une part confisquée de leur histoire. À travers la Fondation Lumumba, Roland Lumumba s’est employé à préserver et à transmettre la pensée et l’héritage de son père, refusant toute réduction folklorique ou strictement sentimentale de cette figure tutélaire.
« Au lieu de dire que c’est le papa de Roland, je préfère que l’on dise que c’est Lumumba », affirmait-il souvent. Dans cette phrase se lit toute sa conception du rôle filial : non pas se placer au centre du récit, mais veiller à ce que le nom de Lumumba demeure ce qu’il est celui d’un père de l’indépendance, d’une conscience africaine, d’un symbole universel de la lutte contre la domination et l’effacement.
Roland Lumumba s’en va alors que les procédures judiciaires sur l’assassinat de Patrice Lumumba se poursuivent encore en Belgique. Il n’en aura peut-être pas vu l’aboutissement. Mais il laisse derrière lui une trace essentielle : celle d’un héritier qui refusa le confort de la légende pour affronter l’inconfort de la vérité. Une fidélité silencieuse à l’Histoire, servie avec dignité.
NGK





