Un rapport préliminaire du ministère des Mines révèle de graves irrégularités dans la chaîne de traitement du cuivre et du cobalt issus de l’exploitation artisanale, notamment au Lualaba et au Haut-Katanga.
Un vent de rigueur souffle sur la filière stratégique du cuivre et du cobalt en République démocratique du Congo. Dans un communiqué officiel rendu public, le ministère des Mines a dévoilé les premières conclusions des travaux d’une commission ad hoc chargée de contrôler la conformité des entités de traitement opérant dans la filière cupro-cobaltifère artisanale. Le constat est sans appel : les manquements sont nombreux, profonds et structurels.
Lire aussi
Une commission pour assainir un maillon clé
Instituée par arrêté ministériel le 26 décembre 2025 par le ministre des Mines, Louis Kabamba Watum, la commission avait pour mission de vérifier la conformité administrative, juridique et technique des entités de traitement, mais aussi la traçabilité des minerais et la licéité de leurs sources d’approvisionnement. Un exercice sensible dans un secteur sous haute surveillance, tant au niveau national qu’international.
Les travaux ont porté sur deux provinces minières névralgiques : le Lualaba et le Haut-Katanga. Sur les treize entités recensées au Lualaba, une ne s’est pas présentée devant la commission. Au Haut-Katanga, sur vingt-sept entités identifiées, seules dix-neuf ont répondu à l’appel, tandis que certaines se sont révélées non fonctionnelles ou en situation administrative précaire.
Capital illégal, cumul de titres et opacité financière
Les rapports provisoires dressent un tableau préoccupant. Parmi les principales irrégularités relevées figure la non-conformité de la composition du capital social, en violation du Code minier qui impose une participation congolaise d’au moins 50 %. À cela s’ajoute le cumul non autorisé de titres, certaines entités combinant illicitement un titre d’exploitation minière avec un agrément d’entité de traitement.
La commission pointe également l’absence de contrats formels avec des coopératives minières agréées, fragilisant l’encadrement de l’exploitation artisanale et son intégration dans la chaîne de valeur formelle. Sur le plan financier, le déficit de transparence est patent : rapports obligatoires non transmis, contrats non publiés, revenus et statistiques de production dissimulés, sans oublier l’absence de preuves de déclaration des mouvements de fonds auprès de la Banque centrale du Congo.
Traçabilité défaillante et risques environnementaux
Autre sujet d’inquiétude : la faiblesse de la traçabilité des minerais, marquée par l’absence de registres fiables d’entrées et de sorties. Des pratiques de valorisation jugées non conformes ont également été documentées, notamment la fixation arbitraire de teneurs maximales et la non-prise en compte du cobalt issu de l’exploitation artisanale.
Sur le plan environnemental, des insuffisances ont été constatées dans le suivi de la stabilité des bassins de rejets, faisant peser des risques sur les populations et les écosystèmes environnants.
Un signal fort dans un secteur stratégique
Si le ministère souligne que les travaux se sont déroulés dans un climat « calme et serein », la portée politique et économique du communiqué est considérable. Il traduit la volonté affichée de l’État congolais de reprendre la main sur un maillon longtemps opaque de la filière minière, à l’heure où le cobalt congolais demeure crucial pour la transition énergétique mondiale.
Ce rapport préliminaire ouvre désormais la voie à d’éventuelles mesures correctives, voire à des sanctions administratives. Pour Kinshasa, l’enjeu est clair : rétablir la légalité, renforcer la gouvernance et rassurer les partenaires internationaux sur la crédibilité de la chaîne d’approvisionnement du cuivre et du cobalt artisanaux.
NGK





