Il fut un temps — et ce temps n’est pas un mythe — où le Congo-Zaïre avançait pendant que d’autres observaient.
Quand le Sénégal et bien d’autres nations africaines se contentaient encore de la moto comme principal moyen de transport urbain, Léopoldville puis Kinshasa connaissaient déjà les bus électriques, avant d’expérimenter le City Train.
Nous n’étions pas parfaits.
Mais nous étions en mouvement.
Nous pensions grand.
Aujourd’hui, l’histoire s’est inversée.
Pendant que ces mêmes pays inaugurent des trains express modernes, structurants, intégrés à une vision urbaine et économique, le Congo célèbre bruyamment 100.000 motos comme solution aux problèmes de mobilité d’une capitale de plus de quinze millions d’habitants.
Ce n’est plus un retard.
C’est une régression assumée.
De la vision au bricolage
Une moto n’est pas une politique publique.
Une moto n’est pas un plan de mobilité.
Une moto est un pis-aller, un aveu d’impuissance déguisé en innovation.
Présenter la prolifération des motos comme une victoire, c’est reconnaître que l’État a renoncé à penser la ville, à structurer l’espace, à anticiper l’avenir.
C’est remplacer la planification par l’improvisation, la stratégie par le slogan.
Le paradoxe congolais
Le Congo n’a jamais manqué :
ni d’espace,
ni de ressources,
ni d’intelligence humaine.
Il a manqué — et il manque toujours — de continuité, de mémoire, de volonté collective.
Nous avons connu le train.
Nous avons connu l’électricité urbaine.
Nous avons connu la planification.
Puis nous avons choisi l’oubli.
Le vrai diagnostic
Oui, je le dis sans détour :
le Congo a un problème spirituel.
Pas au sens religieux étroit.
Mais au sens profond :
perte du sens du long terme,
abandon de la dignité collective,
rupture avec l’idée même de progrès.
Un pays qui ne croit plus en lui-même finit par célébrer sa propre petitesse.
Il appelle “solution” ce qui n’est qu’un symptôme.
Quand l’ambition disparaît
Le Sénégal inaugure des trains parce qu’il croit à l’avenir.
Parce qu’il planifie pour les générations à venir.
Parce qu’il considère la mobilité comme un levier de développement, pas comme un expédient électoral.
Le Congo, lui, distribue des motos parce qu’il gère le présent comme une urgence permanente, sans passé assumé ni futur projeté.
Conclusion
Retrouver l’âme du progrès
Le drame du Congo n’est pas technique.
Il est mental.
Il est spirituel.
Nous avons cessé de croire que nous méritions mieux.
Nous avons cessé de penser en décennies.
Nous avons cessé d’honorer ce que nous avons été.
Tant que le Congo n’aura pas réconcilié sa mémoire avec son avenir,
tant qu’il confondra survie et progrès,
tant qu’il applaudira la débrouille au lieu de la vision,
il continuera de reculer…
non pas faute de moyens,
mais faute d’âme.
CLBB
Chronique d’un pays qui doit réapprendre à croire en sa propre grandeur.

