A la veille du dernier match des Léopards pour une probable qualification à la coupe du Monde 2026 aux Etats Unis, les anciens zaïrois des années 70 se souviennent du déboire qu’avaient occasionné deux proches de Mobutu à toute une nation en détournant des millions des dollars destinés à soutenir le premier pays africain de l’Afrique Sub-saharienne à participer à cette grande occasion mondiale.
Mobutu mouille sa chemise

En 1974, l’équipe du Zaïre de football dispute pour la première fois une phase finale de la compétition mondiale. C’est son unique participation en Coupe du monde. Le président Mobutu mobilise des fonds pour soutenir les champions d’Afrique qui avait ramené la coupe d’Afrique des nations au pays.
Les léopards sont gratifiés par des maisons à la cité Salongo devenue » cité Léopards ». Le chef de l’état, très déterminé, appelle tous les zaïrois de contribuer avec 1 Zaïre, monnaie locale qui équivalait à 2 dollars américains cette année 1974.
Tous les supporters des provinces accueillent cet effort avec enthousiasme. Un boy à Stanley ville, Kisangani à l’époque, qui avait 70 makuta comme salaire témoigne qu’il avait demandé à son patron de lui retrancher 20 makuta comme contribution à verser aux Léopards. La mobilisation de Mobutu fut un succès fou.
Mokolo wa Pombo et Sampasa désignés
Le choix de Mobutu tombe sur son chef des renseignements, Édouard Mokolo wa Pombo et Sampasa Bilombe , son ministre des Sports pour gérer la cagnotte.

En 1974, le Zaïre était champion d’Afrique et avait également obtenu sa qualification pour la Coupe du monde grâce à sa victoire 2 – 0 (par forfait) contre le Maroc.
Arrivés en Allemagne, la FIFA avait remis aux 16 pays qualifiés une prime pour la participation de 600 000 franc suisse.
Cette somme fut confiée au ministre des Sports Sampasa et au président de la FEZAFA.
Mobutu envoya alors le jeune Mokolo wa Pombo récupérer l’argent direction Kinshasa.
Les fonds tombent entre les mains de ces deux hommes de confiance du grand léopard. Les deux hommes se retirent pour peaufiner les stratégies afin d’accompagner les Léopards au Mundial organisé pour sa deuxième édition en Allemagne de l’Ouest.
Alibi pour justifier la cagnotte
Dans leurs stratégies, les deux proches de Mobutu décident d’amener des féticheurs en Europe pour contribuer au succès de l’équipe nationale. Deux gros porteurs pleins des « Nganga » débarquent en Europe pour la première fois à la grande surprise du Staff technique et les joueurs. C’est une panique générale à Bonn. Les blancs voient des negros en rafia envahir leur espace. Les bruits courent de partout : » c’est quoi encore cette histoire?« , s’interrogent les allemands et d’autres férus du ballon rond.
Une nuit blanche avant le premier match
Une réunion urgente est convoquée entre les hommes de Mobutu et le staff technique. Les joueurs veulent savoir où est la cagnotte sans laquelle ils ne monteront sur terrain. Aucune vraie justification est avancée du côté des proches de Mobutu. Mokolo wa Pombo et Sampasa essaient de rassurer les Léopards en leur annonçant que les maisons leur octroyées au quartier Salongo dans la commune de Lemba viennent de la cagnotte.
Niet, répliquent les joueurs zaïrois. Les maisons de la cité Salongo sont un don du grand léopard bien avant de lancer la campagne pour leur soutien.
Les joueurs zaïrois, fiers et sûrs de leur statut de champions d’Afrique répondent, sans gêne, aux deux recommandés de Désiré Mobutu que rien ne justifie la présence de ces féticheurs à Bonn.
Pour preuve, ils ne sont pas des joueurs et ce ne sont pas eux qui vont prester sur l’aire du jeu.
Leurs fétiches, ayant traversé l’océan, n’auront aucun impact sur les résultats attendus.
Nous sommes à la veille du match contre la redoutable équipe de Yougoslavie. Jusqu’à 3 heures du matin, les joueurs continuent à discuter avec les envoyés spéciaux de Mobutu. Courroucés par les injures de Mokolo et Sampasa qui les traitent de tous les maux d’Israël, les représentants du Zaïre à la deuxième édition du Mondial en Allemagne décident de boycotter le match. Ce qui fut fait.
Le Zaïre est éliminé au premier tour, sans inscrire le moindre but et en encaissant quatorze, dont neuf par la Yougoslavie.
Ce dossier classé avait refait surface lors de la conférence nationale souveraine, CNS organisée à partir du 7 août 1991. Repris dans la commission des « Biens mal acquis », il a été étouffé dans l’œuvre par les hommes forts de cette époque.
Que dire?
Les témoins de ce triste événement de détournement voudraient rappeler aux congolais qu’ils ont tous les atouts pour prouver de quoi ils sont capables dans tous les domaines sauf que leurs dirigeants de l’époque comme d’aujourd’hui sont les seuls responsables de leur malheur.
A la veille de ce grand rendez-vous avec l’histoire sur le plan sportif, il est plus que temps de veiller aux prédateurs. Les 10 millions promis au gagnant du dernier match déjà visés.
JK




