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Sous pression américaine, le président congolais a consenti à se rendre à Washington le 4 décembre pour signer l’accord de paix avec son homologue rwandais. Un pari risqué, d’autant que les rebelles du M23 contrôlent toujours de larges territoires dans l’est du pays.
Sans cesse repoussée puis reprogrammée, la cérémonie de signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda est désormais prévue le 4 décembre à la Maison blanche. La diplomatie américaine a adressé des notes verbales en ce sens à Kinshasa et Kigali, où les présidents respectifs, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, ont fait part de leur accord. Sauf changement de dernière minute, tous deux feront le déplacement à Washington pour signer ce texte déjà paraphé le 27 juin par leurs ministres des affaires étrangères (AI du 26/06/25).
L’administration de Donald Trump a également convié pour l’occasion le chef d’État angolais João Lourenço, qui assure cette année la présidence de l’Union africaine (UA), le dirigeant togolais Faure Gnassingbé, désigné médiateur de l’UA pour la résolution du conflit, et l’émir du Qatar, Tamim bin Hamad Al Thani, dont le pays chapeaute les négociations entre la RDC et les rebelles de l’Alliance du fleuve Congo (AFC, dont le M23 est le bras armé).
Si la date du 4 décembre est maintenue, il aura fallu près de six mois aux différentes parties pour aboutir à l’organisation de l’événement. Malgré la pression des États-Unis et en particulier de Massad Boulos, le conseiller de Donald Trump pour l’Afrique, manifestement soucieux d’aller vite, l’exécutif congolais s’est longtemps montré réticent à entériner cet accord alors que les rebelles continuent d’occuper de larges pans du territoire. Face à l’insistance américaine, Félix Tshisekedi a finalement cédé. Il mise sur la signature, le 4 décembre également, d’un autre accord qui doit sceller un partenariat stratégique avec les États-Unis, notamment dans le secteur minier (AI du 28/08/25). Le président congolais compte sur l’effet d’entraînement des futurs investissements américains en RDC, qui obligeraient Washington à s’impliquer davantage dans la stabilisation du pays afin de sécuriser ses intérêts économiques.
Kigali nie toute implication
Jusqu’à présent, les différents processus diplomatiques à Washington et à Doha n’ont eu aucune conséquence concrète sur le terrain. Kinshasa continue d’accuser Kigali de soutenir en sous-main l’AFC-M23. Après une courte accalmie consécutive à la signature, le 15 novembre à Doha, de l’accord-cadre pour la paix entre la RDC et l’AFC-M23, les hommes de Sultani Makenga ont repris leurs offensives contre des positions des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de leurs supplétifs, les Wazalendo. Depuis plusieurs semaines, certains responsables de la rébellion font part en privé de leur volonté d’accentuer leurs opérations militaires avant la fin de l’année.
Ce soutien de Kigali aux rebelles a fait l’objet de vifs échanges lors de la dernière réunion du mécanisme conjoint de coordination de la sécurité, qui s’est tenu les 19 et 20 novembre à Washington. Cette instance est chargée du suivi de la mise en œuvre du concept d’opérations (Conops), qui prévoit le retrait du territoire congolais de la Rwanda Defence Force (RDF) et la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, un groupe fondé par des génocidaires hutus rwandais). Au cours de cette réunion, le représentant congolais, le général de brigade Patrick Sasa Nzita, n’a pas ménagé ses attaques à l’adresse de la partie rwandaise, qui continue de nier toute implication.
Le même officier supérieur, qui a été aperçu ces derniers jours à Kisangani – où se concentre une partie du dispositif militaire des FARDC –, finalise actuellement un rapport sur le bilan de la première phase du Conops. Celui-ci porte notamment sur la localisation des FDLR et des autres groupes dissidents ainsi que sur l’évaluation du dispositif de la RDF sur le sol congolais. La deuxième phase qui doit s’ouvrir incessamment est consacrée à la neutralisation effective des FDLR, suivie de la levée des « mesures défensives » du Rwanda en RDC.
Afrique Intelligence





