La scène rapportée par la presse est digne d’un mauvais film : en République Démocratique du Congo, le directeur général de la Régie des Voies Aériennes (RVA) et une trentaine d’agents de l’aéroport de N’Djili ont été arrêtés comme de vulgaires criminels, transférés manu militari dans des cachots, simplement parce qu’un incident technique a retardé l’atterrissage de l’avion présidentiel de quarante minutes. Voilà où en est réduite la gestion de la chose publique : la terreur comme mode de gouvernance.
1. Quand l’État se trompe de cible
Un incident technique, un groupe électrogène qui ne démarre pas à cause d’une panne d’électricité – voilà ce qui, dans un pays normal, appellerait à des mesures correctives : audit technique, amélioration des infrastructures, investissement dans la maintenance. Mais en RDC, la réponse n’est pas la rationalité, mais la brutalité : arrêter des ingénieurs, des techniciens, des gestionnaires, comme si l’électricité obéissait aux ordres de la Garde Républicaine.
2. La confusion entre responsabilité et bouc émissaire
Il y a derrière ce spectacle une logique perverse : transformer tout problème technique en complot, toute défaillance structurelle en acte de sabotage. Au lieu d’assumer les responsabilités d’un État incapable de garantir un aéroport fiable et sécurisé, on préfère désigner des coupables, les jeter en prison et calmer la colère du prince. Mais à qui veut-on faire croire que la panne d’électricité est une machination contre le chef de l’État ?
3. La peur comme gouvernance
Le recours systématique à la répression, au mépris des droits des travailleurs et de la justice, n’est pas un signe de force mais de fragilité. Gouverner par la peur, c’est admettre son incapacité à gouverner par la raison. Un régime qui confond ses propres citoyens avec des ennemis permanents s’installe dans un cercle vicieux : plus il sème la terreur, plus il s’isole, et plus il s’isole, plus il craint tout et tout le monde.
4. Quand l’avion du peuple est cloué au sol
La vérité est là : si l’avion présidentiel a été retardé, c’est parce que l’avion du peuple congolais – cette nation en quête de lumière et d’électricité depuis plus de soixante ans – est toujours cloué au sol. Tant que les infrastructures de base resteront abandonnées, tant que la gouvernance se limitera à punir au lieu de construire, l’atterrissage sûr de la démocratie et du progrès restera illusoire.
Conclusion
Un groupe électrogène qui ne démarre pas, ce n’est pas un complot. C’est le symbole d’un pays où l’on a cessé de bâtir pour ne plus que réprimer. Ce n’est pas à coups d’arrestations qu’on allumera la lumière, mais à coups de réformes, d’investissements et de respect pour ceux qui font tourner la machine nationale au quotidien. Sinon, demain, ce ne sera pas seulement l’avion présidentiel qui sera retardé, mais toute la République qui restera sur le tarmac de l’histoire.
— CLBB


