Le 9 septembre 2025, les Léopards ont courbé l’échine face aux Lions de la Teranga du Sénégal (3-2). Mais la vraie défaite ne s’est pas jouée sur la pelouse, elle s’est révélée après le coup de sifflet final, dans les gradins et aux abords du Stade des Martyrs. Vandalisme, injures, pillages : le spectacle s’est déplacé du terrain au théâtre d’un désordre collectif qui en dit long sur nous-mêmes.
1. L’émotion comme boussole
Nos réactions sportives sont trop souvent guidées par les tripes et rarement par la tête. À la moindre frustration, l’émotion balaie la raison. Le football, qui devrait être une école de dépassement de soi et un ciment national, devient un exutoire incontrôlé. Ici, la défaite n’est pas comprise comme un revers sportif normal mais vécue comme une humiliation collective insupportable.
Dans d’autres nations, la défaite appelle à l’analyse, à la remise en question, voire à la résilience. Chez nous, elle devient un drame national, une blessure d’orgueil qui déchaîne la violence.
2. La culture du blâme
Dans les gradins comme dans les rues, la même rengaine : “c’est la faute des autorités, des joueurs, de l’entraîneur…”. Rarement un “c’est aussi notre faute, notre responsabilité”. Cette externalisation systématique du blâme est un miroir de notre culture politique : l’ennemi est toujours ailleurs. Jamais dans le miroir.
Nous oublions que supporter, c’est aussi accepter la part d’aléas du sport. Comme dans la vie démocratique, il ne suffit pas d’accuser, il faut aussi apprendre à assumer.
3. L’irrespect du bien commun
Le Stade des Martyrs, monument national, sanctuaire de notre mémoire collective, a été traité comme une simple propriété sans valeur. Brisé, souillé, vandalisé. Ce manque de respect pour le bien public traduit un rapport problématique à l’État, à l’ordre et à la citoyenneté. Quand on casse ce qui appartient à tous, on sabote sa propre maison.
C’est le même schéma qu’on retrouve dans la dégradation de nos écoles, de nos routes, de nos hôpitaux : tout ce qui est public est considéré comme “sans propriétaire”, donc vulnérable à la destruction.
4. Sport ou politique ?
La colère contre les dirigeants s’est invitée dans le match. Les insultes lancées aux autorités ont montré que le football n’est pas qu’un jeu : il est devenu un terrain de règlement de comptes politiques. Quand les institutions n’offrent pas assez d’espaces de débat démocratique, le peuple se saisit du stade comme d’un parlement improvisé. Mais à coups de pierres et non de paroles.
Ce transfert des frustrations politiques dans l’arène sportive est dangereux : il fausse la valeur du sport et transforme la passion en arme de contestation brute.
5. Une jeunesse désorientée
Derrière cette explosion se cache une jeunesse frustrée, sans exutoire sain, sans perspectives solides, et qui trouve dans le football l’unique soupape d’expression. Mais quand le ballon ne roule pas dans son sens, c’est la rage qui prend le relais. La défaite devient prétexte pour libérer une colère sociale accumulée.
La RDC paie ici le prix de décennies d’abandon de la jeunesse : chômage endémique, manque d’infrastructures culturelles et sportives, absence de politiques d’encadrement. Une jeunesse sans boussole devient une jeunesse explosive.
Conclusion
Ce 9 septembre ne doit pas rester un banal épisode de débordement sportif. Il est un signal d’alarme :
une société en tension permanente, fragile, sans repères ;
une jeunesse désœuvrée, qui confond défoulement et citoyenneté ;
un rapport pathologique au bien commun, traité comme une chose sans valeur.
Le sport ne devrait pas être le miroir de nos démons, mais un laboratoire de discipline, de respect, de dépassement et d’unité. Il doit enseigner la maîtrise de soi, la résilience, le fair-play, autant de qualités nécessaires à une citoyenneté responsable.
Si nous échouons à intégrer le respect du bien public et la gestion de nos émotions dans notre mentalité collective, chaque défaite sportive se transformera en défaite nationale.
Car un peuple incapable de perdre avec dignité sera toujours incapable de gagner avec maturité.
CLBB


