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Jazz et coup d’État au Congo : quand les États-Unis utilisaient la musique comme arme diplomatique

26 juillet 2025
dans Histoire
Jacques KalokolaPar Jacques Kalokola
Jazz et coup d’État au Congo : quand les États-Unis utilisaient la musique comme arme diplomatique

Louis Armstrong seen here giving a press conference at the Mayfair Hotel, shortly before leaving for a tour of Africa accompanied by his wife Lucille. 12th October 1960 ©Mirrorpix/Leemage

 

 

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En 1960, alors qu’une dizaine de pays sur le continent africain accèdent à l’indépendance, les États-Unis déploient une stratégie inédite : envoyer des légendes du jazz comme Louis Armstrong, Duke Ellington et Dizzy Gillespie en mission diplomatique pour servir leurs intérêts stratégiques. Derrière cette façade culturelle se cache une réalité plus sombre.

Louis Armstrong aurait lui-même servi d’écran pour masquer des opérations secrètes au Congo, visant à éliminer Patrice Lumumba, le premier Premier ministre congolais. Le documentaire « Soundtrack to a Coup d’État » de Johan Grimonprez, coproduit par la RTBF, retrace cette page méconnue de l’Histoire à travers des archives exceptionnelles et des témoignages inédits. Mise en lumière, et en musique, dans le podcast « Récits d’Afrique ». Un sujet extrait de la rediffusion du Journal de l’Afrique : « Le jazz utilisé par les Américains comme un outil de diplomatie sur le continent africain ».

L’année 1960 marque un tournant géopolitique majeur. Dix-sept pays africains accèdent à l’indépendance, bouleversant l’équilibre des forces à l’ONU. « Le Sud global, le bloc afro-asiatique, devient majoritaire au sein des Nations Unies. Le Département d’État américain panique et c’est alors que des agents de la CIA infiltrent l’assemblée générale », révèle Johan Grimonprez. Cette infiltration vise à acheter des votes pour maintenir l’influence américaine sur la scène mondiale.

Face à cette nouvelle donne, Nikita Khrouchtchev saisit l’opportunité : « Nikita Khrouchtchev joue en effet le rôle du Sud global pour attirer le Sud global à ses côtés. Il invite tous ses chefs d’État à se joindre à lui à l’ONU. C’est un précédent ». Pour la première fois, tous ces dirigeants du monde non-aligné – Sukarno d’Indonésie, Kwamé Nkrumah du Ghana, Nehru d’Inde – se retrouvent ensemble à New York.

Les images du dirigeant soviétique frappant sa chaussure à la tribune de l’ONU ont une dimension historique : « Il claquait sa chaussure à cause de la crise du Congo et à cause de l’histoire coloniale de la Belgique », précise Johan Grimonprez.

Une diplomatie musicale orchestrée par les États-Unis

De leurs côtés, face à l’influence grandissante du Sud global, les Américains utilisaient une autre stratégie pour intervenir en leur faveur sur le continent africain : la musique jazz. « La musique est dans son essence un protagoniste du film. Et donc ce ne sont pas seulement des musiciens qui sont envoyés, ils deviennent des agents politiques », explique Johan Grimonprez.

Cette stratégie visait un double objectif : « On envoyait ces musiciens de couleur, pour blanchir – en quelque sorte – la politique ségrégationniste américaine, à l’intérieur du pays. Ces musiciens étaient aussi un outil de propagande dans le Sud global ».

Les missions de ces ambassadeurs du jazz révèlent une synchronisation troublante avec les opérations de déstabilisation. Alors que Dizzy Gillespie est envoyé en Syrie en 1956, « au même moment, le département d’État et la CIA complotaient déjà un coup d’État », raconte le réalisateur de Soundtrack to a Coup d’État. Alors que Duke Ellington se produit à Bagdad en 1963, « lors de son premier concert, la nuit même de son premier concert, à 100 mètres de là, il y a un coup d’État dans le palais de Bagdad ».

Louis Armstrong, ambassadeur malgré lui de l’exploitation de l’uranium du Congo

Louis Armstrong arrive au Congo le 28 octobre 1960, alors que Patrice Lumumba est déjà prisonnier, assigné à résidence par Mobutu avec le soutien de la CIA. « Les ambassadeurs du jazz ont été utilisés comme une sorte d’écran, comme une sorte de cheval de Troie. Littéralement », raconte encore Johan Grimonprez.

La mission d’Armstrong au Katanga n’est pas anodine. Cette province sécessionniste dirigée par Moïse Tshombe abrite les mines de Shinkolobwe, un trésor géostratégique. « Ce qui est moins connu, c’est qu’il y avait aussi au Katanga une énorme quantité d’uranium au-dessus du sol de Shinkolobwe. C’est l’uranium qui a été utilisé pour la première bombe atomique. Le projet Manhattan n’aurait jamais pu voir le jour sans d’uranium de Shinkolobwe ».

L’opération dépasse le simple concert : « Louis Armstrong est envoyé là-bas tout près de Shinkolobwe. Pendant ce temps, la CIA complotait pour organiser la façon dont il fallait faire sortir cet uranium du Congo ». Une équipe incluant l’ambassadeur américain Clare H. Timberlake et le chef de la CIA Larry Devlin rend visite à Moïse Tshombe pendant qu’Armstrong est hébergé chez ce dernier.

Lors de son séjour chez Moïse Tshombe, Louis Armstrong fait preuve d’une certaine lucidité. Bien qu’il ne sache pas que Larry Devlin est le chef de la CIA, « il a averti Moïse Tshombe. Il lui a dit ‘Vous êtes assis sur de grosses sommes d’argent, vous devriez faire attention’ ».

Le rôle méconnu d’Andrée Blouin

Le documentaire révèle également le parcours d’Andrée Blouin, une militante métisse de 39 ans qui organise la campagne électorale de Patrice Lumumba, en avril 1960. Son histoire personnelle illustre les drames de la colonisation indique le cinéaste belge : « Elle fait partie de tout ce débat sur les enfants volés. Son père était français et sa mère était d’Afrique centrale et elle a été envoyée dans un orphelinat à Brazzaville, dont elle s’est enfuie à l’âge de seize ans. »

Elle rejoint la Guinée où elle travaille avec Sékou Touré. « C’est sur les conseils de Sékou Touré qu’elle a été envoyée au Congo » en avril 1960, juste avant les premières élections du Congo. Son expertise en mobilisation populaire, acquise lors du référendum guinéen, fait d’elle un atout précieux pour l’équipe de Patrice Lumumba.

« Elle était vraiment panafricaniste. Avec Patrice Lumumba, elle voulait vraiment organiser les États-Unis d’Afrique », explique Grimonprez. Cette vision continentale va bien au-delà du Congo : Nkrumah, Sékou Touré et Patrice Lumumba « voulaient que Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, devienne la capitale des États-Unis d’Afrique ».

Le charisme et l’efficacité d’Andrée Blouin inquiètent les Occidentaux au point que Larry Devlin, l’agent de la CIA, « qui était fasciné par elle, l’accuse d’être communiste ». Andrée Blouin répondait avec ironie comme le faisait Patrice Lumumba : « Ils me mettent toujours dans le camp des communistes. Mais je ne suis pas communiste. Je dois en rire. Je suis avant tout africain et je suis souverain ».

L’élimination programmée de Patrice Lumumba

Dès avril 1960, avant même l’indépendance du Congo, les jeux sont faits. Harold d’Aspremont Linden, ministre belge des Affaires africaines, écrit dans un télégramme révélateur : « Nous devons jouer la carte du Katanga. C’est le moyen de nous débarrasser de Lumumba ». Grimonprez souligne : « C’était déjà avant que le Congo ne devienne indépendant. Donc il avait déjà à l’esprit qu’il devait se débarrasser de lui et garder la main sur les richesses du Congo, au Katanga ».

La duplicité américaine atteint son paroxysme lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 1960 indique le cinéaste : « Nous y voyons le président Eisenhower dire que nous ne devrions pas intervenir au Congo. Mais trois jours plus tard, alors qu’il inaugurait l’Assemblée générale des Nations unies, Sidney Gottlieb, chimiste de la CIA, arrive à Léopoldville avec un tube de dentifrice empoisonné destiné à assassiner Lumumba ».

Les manipulations de la CIA

Les services américains orchestrent également des mises en scène pour retourner Mobutu contre Lumumba. « Ils ont effectivement mis en scène un meurtre contre Mobutu pour qu’il soit en quelque sorte convaincu que Lumumba en avait après lui. Mais c’était une mise en scène et Larry d’Evelyne lui sauve la vie à la dernière minute », révèle Johan Grimonprez d’après les recherches du sociologue Ludo Dewitte.

Les services secrets britanniques participent également à cette stratégie. Daphné Parks, agent britannique, explique leur méthode : « La stratégie, vous savez, c’est de ne pas se débarrasser d’eux. Ils se débarrassent entre eux en faisant des insertions où nous les dressons en quelque sorte les uns contre les autres ».

Un héritage musical et politique

Patrice Lumumba sera finalement assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga. Mais l’impact de ce drame dépasse les frontières congolaises. « Ce qui s’est passé au Congo a été une énorme source d’inspiration pour le mouvement des droits civiques aux États-Unis. La fille de Malcolm X s’appelle Lumumba », rappelle Johan Grimonprez.

L’analyse de Malcolm X sur cette période reste particulièrement éclairante : « Ce n’est pas du communisme dont il avait peur, c’était de l’africanisme. C’était comme si les gens prenaient leur destin en main et ce n’était pas autorisé ».

Deux ans après les événements, conscient d’avoir été manipulé, Louis Armstrong compose The Real Ambassador (Les vrais ambassadeurs), une œuvre qui dénonce cette instrumentalisation de la musique à des fins géopolitiques.

► Découvrez les enjeux de la restitution du patrimoine africain en écoutant l’entièreté du podcast du Journal de l’Afrique dans le player ci-dessus ou sur Auvio. « Le jazz utilisé par les Américains comme un outil de diplomatie sur le continent africain »

(Source : RTBF Actus)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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