Une scène digne d’un thriller politique s’est jouée dans les premières heures du mercredi 9 juillet à Kinshasa. Il était environ 2h00 du matin lorsque deux poids lourds de l’appareil militaire congolais, les lieutenants-généraux Christian Tshiwewe et Jean-Claude Yav, ont été convoqués pour une confrontation au Conseil national de sécurité (CNS). Une rencontre aussi inattendue que lourde de signification. Son contenu ? Strictement confidentiel. Mais les murmures dans les couloirs du pouvoir parlent d’un possible complot contre le chef de l’État.
Cette confrontation survient deux jours après l’interpellation du général Jean-Claude Yav, ancien chef de la maison militaire du président, brusquement évincé en 2023. Le lundi 7 juillet au matin, des agents du Département du renseignement militaire (ex-DEMIAP) l’ont arrêté à son domicile de Kinshasa, dans une opération aussi discrète que musclée.
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Le CNS, fidèle à sa réputation de “grand muet”, n’a donné aucune version officielle. Mais selon certaines indiscrétions, les deux généraux s’accuseraient mutuellement de manœuvres subversives contre le président de la République. Un bras de fer feutré qui met en lumière des fractures internes au sommet de l’appareil sécuritaire national.
Après leur face-à-face, Jean-Claude Yav a été relâché dans la matinée. Christian Tshiwewe, quant à lui, est resté sur place. Ce détail, apparemment anodin, soulève des interrogations : simple prolongement de l’audition, ou signal d’une pression plus lourde pesant sur celui qui fut chef d’état-major et qui, jusqu’ici, jouissait encore de la confiance du président en tant que Conseiller militaire ?
Des interpellations en cascade
Mais ce n’est pas tout. Pendant que les deux généraux croisaient le fer verbalement au CNS, d’autres figures clés de l’état-major ont été ciblées. Le général-major Maurice Nyembo, ancien directeur de cabinet de Tshiwewe, et le colonel Adelard, ex-secrétaire particulier, ont également été interpellés.
Selon le témoignage poignant de l’épouse du général Nyembo, des agents de sécurité mêlant gardes républicains, policiers et civils affiliés au CNS se sont présentés à leur domicile vers 2h00 du matin. N’y trouvant pas l’officier supérieur, ils l’ont joint par téléphone, lui demandant de dévoiler sa localisation. Une fois sur place, ces agents ont refusé d’entrer dans la parcelle, malgré l’invitation du général. Ce dernier, refusant d’être embarqué au cœur de la nuit, aurait exigé que l’arrestation se fasse à une heure plus raisonnable. C’est finalement à 5h30 qu’il a été appréhendé, après avoir enfilé son uniforme d’apparat.
Mais le mystère s’épaissit. Selon la famille de Nyembo, les agents auraient laissé une adresse et un numéro de contact, avant de disparaître. Sauf que l’adresse serait introuvable, et le numéro désormais injoignable. L’inquiétude de la famille est à son comble.
Un parfum de purge ?
Ce ballet d’arrestations et de confrontations au plus haut niveau militaire interroge : assiste-t-on à une purge silencieuse dans les cercles de sécurité proches du président ? Y a-t-il une fronde latente dans les rangs de l’élite militaire ? Ou s’agit-il d’un coup de filet préventif pour étouffer toute velléité de dissidence ?
Le silence officiel alimente toutes les spéculations. Une chose est certaine : le climat sécuritaire au sommet de l’État congolais semble plus tendu que jamais. Les prochaines heures seront décisives pour comprendre si cette séquence s’inscrit dans une stratégie de fermeté présidentielle ou dans une lutte de clans désormais hors de contrôle.
NGK





