Chronique de CLBBLa récente décision des États-Unis d’imposer des restrictions supplémentaires aux voyageurs en provenance de la République démocratique du Congo, sous prétexte de la résurgence d’Ebola dans certaines régions du pays, soulève de sérieuses interrogations.Soyons clairs : aucun État ne peut être critiqué pour vouloir protéger la santé de sa population. La lutte contre les épidémies est une responsabilité légitime. Cependant, lorsque les mesures prises semblent davantage guidées par la peur, les préjugés ou des considérations politiques que par des données scientifiques objectives, il devient nécessaire de s’interroger.Pourquoi la RDC est-elle systématiquement traitée comme un problème à contenir plutôt que comme un partenaire à respecter ?Cette question mérite d’être posée au moment même où Washington multiplie les initiatives diplomatiques et économiques en direction de Kinshasa afin de sécuriser son accès aux minerais stratégiques congolais. Le cobalt, le cuivre, le coltan et d’autres ressources essentielles à la transition énergétique mondiale sont devenus des enjeux géopolitiques majeurs. Les États-Unis ne cachent plus leur intérêt pour ces richesses dont dépend une partie de leur industrie technologique.Le contraste est saisissant.D’un côté, les minerais congolais sont accueillis à bras ouverts. De l’autre, les Congolais eux-mêmes sont soumis à des restrictions qui donnent l’impression qu’ils constituent une menace permanente.La question peut paraître provocatrice, mais elle mérite réflexion : si le risque sanitaire est suffisamment grave pour justifier des limitations visant les personnes, pourquoi ne pas appliquer la même logique aux minerais provenant du même pays ?Évidemment, personne ne souhaite une telle mesure. Ce serait absurde. Les minerais ne transmettent pas Ebola. Mais cette interrogation met en lumière une contradiction fondamentale : dans les rapports internationaux, les ressources congolaises semblent parfois bénéficier de plus de considération que les citoyens congolais.Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient dans un contexte où la RDC est engagée dans une coopération stratégique avec les États-Unis. Un partenariat digne de ce nom ne peut se limiter à l’exploitation des ressources naturelles. Il doit également reposer sur le respect mutuel, la confiance et la reconnaissance de la dignité des peuples.La RDC a démontré à plusieurs reprises sa capacité à gérer les épidémies d’Ebola avec l’appui de la communauté scientifique internationale. Les autorités sanitaires congolaises possèdent aujourd’hui une expérience reconnue dans la surveillance, le dépistage et la riposte contre cette maladie. Réduire tout un pays de plus de cent millions d’habitants à un foyer de contamination potentiel relève davantage de la stigmatisation que de la santé publique.Le peuple congolais ne demande aucun traitement de faveur. Il demande simplement d’être traité avec la même considération que tout autre peuple.Les États-Unis ont le droit de protéger leurs frontières. Mais ils ont également le devoir moral d’éviter les mesures qui alimentent les stéréotypes et renforcent l’image d’une Afrique éternellement suspecte.La RDC n’est pas seulement un réservoir de minerais stratégiques. C’est une nation souveraine. C’est un peuple digne. C’est un partenaire qui mérite le respect.À défaut, les discours sur les partenariats gagnant-gagnant risquent d’apparaître pour ce qu’ils sont parfois : de simples déclarations de circonstance destinées à sécuriser l’accès aux richesses du Congo.Les minerais congolais ne valent pas plus que les Congolais eux-mêmes.
CLBB
Le Congo mérite mieux que les préjugés. Il mérite le respect.





