Le football est souvent présenté comme le langage universel de l’humanité. Il est censé rassembler les peuples au-delà des frontières, des races, des religions et des idéologies. Pendant quelques semaines, la Coupe du monde transforme la planète en un immense village où le talent, l’effort et le mérite prennent le dessus sur les divisions.Mais à observer ce qui se passe autour de la Coupe du monde 2026 organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, une question dérangeante s’impose : assistons-nous encore à une fête mondiale du football ou à la démonstration de la puissance d’un État qui impose ses propres règles à une compétition censée appartenir à toute l’humanité ?Les incidents se multiplient.Des joueurs retenus pendant des heures à leur arrivée sur le territoire américain. Des membres de délégations soumis à des interrogatoires humiliants. Des journalistes et des accompagnateurs refoulés. Des arbitres officiellement désignés par la FIFA empêchés d’entrer aux États-Unis. Des procédures de visas devenues un véritable parcours du combattant pour plusieurs pays africains, arabes et asiatiques.Le cas de la délégation sénégalaise a particulièrement choqué l’opinion africaine. Les témoignages faisant état de fouilles excessives et de contrôles humiliants ont laissé un goût amer. Le Sénégal n’était pourtant pas un groupe de voyageurs clandestins mais une délégation officiellement invitée à participer à la plus grande compétition sportive du monde.Plus grave encore, un arbitre désigné par la FIFA a été empêché d’entrer sur le territoire américain malgré son statut officiel. Cet épisode soulève une question fondamentale : qui dirige réellement la Coupe du monde ? La FIFA ou les autorités américaines ?Car si un pays hôte peut empêcher arbitrairement l’entrée d’un officiel de la compétition, alors l’autorité de la FIFA devient purement symbolique.Bien entendu, chaque État possède le droit souverain de contrôler ses frontières. Personne ne conteste ce principe.Cependant, lorsqu’un pays accepte d’accueillir une Coupe du monde, il contracte également une obligation morale et politique envers la communauté internationale. Il ne s’agit plus seulement d’exercer sa souveraineté nationale. Il s’agit de garantir que tous les participants, sans discrimination, puissent prendre part à l’événement dans des conditions de dignité et de respect.Or ce qui choque aujourd’hui n’est pas seulement la rigueur des contrôles.C’est leur caractère manifestement inégal.Les délégations provenant de certains pays semblent systématiquement soumises à des procédures plus lourdes, plus intrusives et plus humiliantes que d’autres.Il ne s’agit peut-être pas d’un racisme affiché.Mais il est difficile de ne pas voir apparaître les contours d’un racisme institutionnel voilé, où certains passeports deviennent suspects avant même que leurs détenteurs aient posé le pied sur le sol américain.Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la politique migratoire américaine s’est considérablement durcie. Les restrictions visant certaines nationalités, le renforcement des contrôles frontaliers et la logique sécuritaire omniprésente créent un climat où l’étranger est souvent perçu d’abord comme un risque avant d’être considéré comme un invité.Cette philosophie peut éventuellement relever du débat politique intérieur américain.Mais elle devient problématique lorsqu’elle s’invite au cœur d’un événement mondial qui repose précisément sur les principes d’ouverture, d’inclusion et d’universalité.La Coupe du monde ne doit jamais devenir un instrument de sélection géopolitique.Elle ne doit jamais devenir un privilège réservé aux citoyens des pays jugés fréquentables.Elle ne doit jamais devenir une compétition où l’origine nationale détermine le niveau de dignité auquel une personne a droit.Le silence de la FIFA est tout aussi préoccupant.L’institution a souvent démontré sa capacité à imposer ses exigences aux États lorsqu’il s’agit de droits commerciaux, de contrats publicitaires ou d’infrastructures sportives.Pourquoi cette fermeté disparaît-elle lorsqu’il faut défendre les arbitres, les joueurs, les journalistes ou les supporters confrontés à des mesures abusives ?À quoi sert l’autorité de la FIFA si elle s’arrête aux portes de l’immigration américaine ?Une Coupe du monde n’est pas seulement une affaire de stades modernes, d’écrans géants ou de milliards de dollars de revenus.C’est avant tout une rencontre entre les peuples.Et lorsqu’un peuple se sent humilié, suspecté ou discriminé, c’est l’esprit même de la compétition qui est atteint.La question mérite donc d’être posée : la FIFA ne devrait-elle pas désormais intégrer dans ses critères d’attribution non seulement les capacités logistiques et financières d’un pays, mais également sa capacité à garantir un traitement égalitaire à tous les participants, quelles que soient leur nationalité, leur origine ou leur couleur de peau ?Car organiser une Coupe du monde n’est pas un droit.C’est une responsabilité.Et lorsqu’un pays ne parvient plus à distinguer sécurité et humiliation, contrôle et discrimination, souveraineté et arrogance, il met en péril l’universalité même du football.La Coupe du monde appartient aux peuples.Elle n’appartient ni aux gouvernements ni aux administrations frontalières.Et le jour où un passeport comptera davantage que le talent, le football aura perdu son âme.CLBBUne Coupe du monde où certains peuples sont accueillis comme des invités et d’autres comme des suspects n’est plus une fête du football. C’est une négation de l’universalité que le sport prétend défendre.
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