Sport: De quelle maladie Ricky Mavuba est-il réellement mort ?

De quelle maladie Ricky Mavuba est-il réellement mort ?Un jour sombre de l’an 1997, le football congolais est en deuil. Un des meilleurs joueurs de la RDC tire sa révérence à 48 ans des suites d’une longue et pénible maladie. Il s’appelle Ricky Mavuba. Ce nom rappelle bien des souvenirs  à tous ceux qui  l’ont vu à l’œuvre: dribles déroutants, corners directs, penalties imparables, extravagances. Pourtant lors de ses funérailles à Kinshasa où il repose pour l’éternité, rappelle le ventilateur Mana Kroubondo, la Fécofa a brillé par son absence inacceptable et n’a pas honoré la mémoire de l’illustre disparu. Lui qui avait comme bien d’autres défendu avec brio les couleurs nationales, s’en est allé sans que les dirigeants de la fédération ne lui rendent le moindre dernier hommage. Mais de quelle maladie le Ndoki a Ndombe est-il réellement mort ? Pour le commun des Congolais, surtout pour ceux qui l’ont croisé en France et l’ont vu physiquement diminué sur une chaise roulante, incapable de parler ou d’articuler ses membres, il aurait été victime des gris-gris qu’il aurait abusivement utilisé lorsqu’encore footballeur actif dans Vita Club et les Léopards, il brillait de mille feux sur les pelouses des stades congolais et africains. Au delà des rumeurs colportées sur sa disparition, la réalité est bien différente. Mavuba n’est pas mort des effets collatéraux des  fétiches comme le prétendent certains compatriotes. Le milieu offensif des Dauphins noirs a plutôt été emporté par la maladie de Charcot, du nom du neurologue français qui l’a découverte en 1874.  
 
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Ricky Mavuba et Lou Gehrig, deux sportifs emportés par la maladie de Charcot

Cette pathologie porte aussi le nom de sclérose latérale amyotrophique en sigle SLA. C’est une neuropathie grave, handicapante et incurable. Elle se caractérise par la dégénérescence progressive des motoneurones qui commandent les mouvements et qui présents dans la moelle épinière et letronc cérébral. Le corps se paralyse lentement mais sûrement. L’information nerveuse motrice ne parvient plus aux muscles, et à force d’inutilisation, ceux-ci s’atrophient peu à peu. Les mains puis les jambes sont le plus souvent les premières régions touchées. Lorsque la dégénérescence progresse et atteint le bulbe rachidien, les muscles de la langue, de la déglutition et de la phonation sont atteints.  Ainsi, la paralysie de tous les muscles s’installe progressivement.  Au fil du temps, le patient ne peut plus marcher, se servir de ses mains, parler, manger, ni même respirer. Avec l’avancée de la maladie, il est de plus en plus handicapé et dépend de l’aide des autres. En revanche, ses capacités intellectuelles restent intactes, tout comme les cinq sens (goût, toucher, vue, odorat et ouïe) ainsi que la sensibilité de l’épiderme. Le malade assiste impuissant mais en toute conscience  à la paralysie totale  et graduellede son tout corps.  Dans 50% des cas, le décès du malade intervient dans un délai qui ne dépasse pas trois ans après le début de la pathologie. Mais 10 à 20% des patients survivent plus de dix ans. La mort est entraînée par la paralysie complète des fonctions respiratoires. Cette issue fatale se produit au terme d’une dégradation avancée de l’état du malade que rien ne peut enrayer. Les causes de cette maladie qui n’a pas de vraie thérapie restent encore mystérieuses donc inconnues. Parmi les facteurs associés à la SLA, on cite souvent  l’exposition à des produits chimiques (les agriculteurs), l’hyperactivité professionnelle, le tabagisme, une forte activité physique (les sportifs de haut niveau) ou encore une alimentation grasse.  Personne n’ignore que Mafuila ku Mbundu avait un goût prononcé pour la bouteille, penchant qu’il couplait harmonieusement avec la pratique du football. Faut-il dès lors conclure qu’une mauvaise hygiène de vie est à l’origine de la maladie qu’il a développée près de cinq années seulement après sa retraite sportive commencée en 1979 ? Seuls ses médecins   peuvent confirmer ou infirmer cette hypothèse. Selon sa première épouse, le sorcier du foot congolais est resté paralysé pendant 13 ans  avant de mourir.

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Evolution de la SLA dans le corps humain

Aux États-Unis, la SLA est également nommée maladie de Lou Gehrig, du nom de ce joueur de baseball célèbre, mort de cette pathologie en 1941 à l’âge de 38 ans. C’est plutôt en Italie qu’elle est devenue une véritable épidémie. On y dénombre le plus grand nombre de malades et de décès parmi les footballeurs professionnels. Il y a eu dans ce pays 51 victimes parmi les 30.000 pros qui ont joué dans le championnat italien entre 1950 et 2005. Selon une étude menée pour le compte de la justice italienne et portée sur un panel de 7.325 ex-footballeurs en activité entre 1970 et 2006, les professionnels présenteraient un risque de développer la maladie près de 7 fois supérieur à la normale alors qu’il est presque nul chez les amateurs. Curieusement, l’étude révèle que la plupart des joueurs malades occupaient le poste de milieu de terrain comme Mavuba. Le procureur italien en charge du dossier envisagea alors trois pistes : les dopants, lespesticides utilisés pour l’entretien des pelouses dans les stades et les traumatismes du cerveau ou de la moelle épinière liés au football de haut niveau. Pourtant, aucun cas similaire n’est signalé dans les disciplines aussi exigeants comme le cyclisme, le basket, la boxe, le rugby, le football américain, l’athlétisme ou le tennis (un seul décès). La SLA ne touche pas que les footballeurs. Parmi ceux qui en sont morts ou en souffrent, on compte aussi des acteurs, des scientifiques (Stephen Hawking), des musiciens (Franck Alamo), des hommes politiques (Mao Zedong), des écrivains, des vétérans de la Guerre du Golfe aux Etats-Unis, des gens ordinaires. Par contre, l’incidence de cette maladie chez les populations africaines, asiatiques et hispaniques est faible. Il n’existe actuellement aucun traitement curatif, sauf des palliatifs dont le but visé est de soulager les patients. Le riluzole qui est le seul médicament viable en  possession des médecins, ne fait que retarder  son évolution  mais ne la guérit pas. C’est dire que ceux qui en souffrent sont des condamnés à mort en sursis. Cependant, il existe une autre maladie qu’il ne faut pas confondre avec la SLA. Elle a un nom et des symptômes voisins mais une évolution moins grave que celle qui a emporté Ricky Mavuba. Elle s’appellemaladie de Charcot-Marie-Tooth ou CMT.

Samuel Malonga/mbokamosika.com

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