Société: LES JEUX DE CHEZ NOUS

L’enfance est caractérisée par des moments d’évasion qui plait souvent aux bambins. Les jeux sont indissociables de leur vie. Ils jouent un rôle très important tant ils permettent de montrer le plus souvent ce dont  les enfants  sont capables. A côté, de l’école qui les prépare à un certain avenir, le jeu dans son aspect socio-psychologique  permet aussi à l’enfant de se découvrir, de s’affirmer pourquoi pas de dessiner son avenir. Fille ou garçon, le jeu accompagne son évolution physique, mentale et intellectuelle. Si plusieurs de ces activités sont mixtes, certaines sont catégorisées selon le sexe. En dehors du champs scolaire, les enfants dans leur petit monde savent créer, innover, plaire dans la bonne humeur tout s’amusant. Ces jeux ont cosolidé la solidarité entre les enfants, l’esprit d’équipe et le fair play. Voici un aperçu de quelques jeux du terroir qui ont marqué l’enfance des petits Congolais avant l’invasion des consoles, des PlayStation et d’autres gadgets que la technologie offre.

  1. JEUX POUR FILLES

1.1. Liyoto (dînette)

L’instint de la maternité fait son apparition même dans cet âge si tendre. Le fille fait la maman en préparant de petits plats non pas dans des casseroles mais dans des boîtes de tomate ou de conserve fraîchement utilisées. Un peu de légumes, d’huile, de sel ou de viande sur fond de tomate et le tour est joué. La marmite de fortune est posée sur trois petites pierres à côté desquelles sont placées des brindilles ou des braises sur lesquelles on doit constamment souffler pour faciliter la combustion de la nourriture. Ce jeu où l’enfant se prend pour un adulte en s’adonnant à certains travaux domestiques est pratiqué dans toutes les civilisations. Chaque peuple le fait à sa manière et selon sa culture.

Connu pour être un jeu des filles, les garçons étaient parfois associés en jouant le rôle du père. Ce qui a  plus tard donné naissance à des relations amoureuses.

 

      1.2. Nzango (jeu de pied)

Ce petit jeu convivial se joue avec les pieds (parfois aussi avec les mains) à un contre un. Les mouvements de pieds sont habituellement précédés de sautillements, de claquements des mains et de chants. Le jeu mettait aux prises deux concurrentes. L’une devait deviner le pied que son adversaire allait balancer vers l’avant pour faire la même chose afin d’éviter l’élimination. La perdante cédait sa place à une autre. Les points étaient comptés avec des élastiques. Le nzango est associé aux chants, aux danses, aux claquements des mains qui donnent à ce jeu une connotation sportive.

Originaire de Centrafique, le nzango s’est installé au Congo-Brazzaville en 1932. Ce nom dérive du sango, langue parlée dans l’ancien Oubangui-Chari. En effet, bien des ressortissants de ce pays ont participé à la construction du chemin de fer Congo-Océan qui relie Brazzaville et pointe-Pointe. Le soir, les femmes centrafricaines qui habitaient dans un village dans le Mayombe se détendaient en jouant à ce jeu encore inconnu au Congo. Sango est devenu Nzango par la mauvaise prononciation des colons français. Le jeu va ensuite traverser le fleuve pour s’implanter en RDC.

Ayant résité au temps et après avoir traversé les générations, ce jeu traditionnel s’est exporté au Cameroun, au Gabon et au Burundi. Il est aujourd’hui devenu une discipline sportive. Le nzango moderne codifié avec des règles précises oppose aujourd’hui deux équipes de 11 adolescentes qui s’affrontent pendant 50 minutes sur une aire aux dimensions semblables à celui d’un terrain de volley-ball soit 16 mètres sur 8. Cette nouvelle discipline sportive a même trouvé sa place aux Jeux africains de Brazzaville en 2015 puis comme discipline de démonstration lors des IXe Jeux de la Francophonie à Kinshasa. Aujourd’hui, les deux Congo se battent pour faire reconnaître ce sport 100% féminin comme discipline olympique.

 

  1. 1.3. Kédé (marelle)

Patiqué sur une figure contenant plusieurs cases numérotées, le jeu est tracé au sol à l’aide d’une craie, du charbon de bois ou d’une pointe dure. Ce parcours dessiné au sol  va de terre à ciel. Après avoir lancé le caillou, la joueuse progresse à cloche-pied de terre à ciel dans les différentes cases tout en évitant celle où se trouve le caillou ainsi que d’empiéter sur les lignes du tracé. La gagnante est celle qui la première termine sans faute la totalité du parcours. La marelle participe au développement de l’enfant en lui apprenant à compter, à garder l’équilibre et à améliorer son adresse. Appelé « kédé » à Kinshasa mais « loko » à Bukavu, un jeu similaire au tracé un peu modifé est pratiqué au Kasaï sous le nom de « kalasa ».

1.4. Tambour d’eau

Pratiqué dans des rivières pendant la baignade, les filles se servent de leurs mains, leurs poings et leurs bras pour produire une certaine musique. Ce jeu consiste à frapper à la surface de l’eau pour former une poche d’air afin de produire un son grace à la caisse de résonnance formée par le creux de la main. Cette pratique permet de frapper, caresser, battre effleurer pour reproduire tout en chantant des rythmes parfois habituellement joués avec les tamtams à membrane ou de créer leurs propres sons accompagnés des chansons. Avec le tambour d’eau, les filles font chanter les rivières avec leur musique aquatique, Quid des instruments musicaux. Le tambour d’eau est appelé « ntumfu » en kikongo.

 

  1. 1.5. Kebo

Un carré d’une certaine dimension est tracé au sol avec des médianes et un cercle au milieu. Une pierre ou le noyau d’un fruit est placé au mitan. La joueuse va à cloche-pied pousser prudemment le noyau le long d’une des lignes médianes jusqu’au bout. Cela demande de l’équilibre, de la concentration et de l’adresse pour ne pas manquer les lignes. Le terme kebo n’a semble-t-il pas d’équivalent en français.

  1. 1.6. Muana bitendi (poupée en tissu)

La fille amasse un grand nombre des morceaux d’étoffes qui lui servira de matière premiere pour fabrication de sa poupée avec ses petites mains innocentes. Elle rassemble tous ces morceaux de tissus, les raccomode pour donner forme à sa poupée. Elle n’a pas besoin d’une poupée Barbie (mwana popi). Parfois, elle  confectionne une « mwana kitendi » de grande taille à qui elle colle un nom. Souvent elle la porte à califourchon sur son dos. Imittant sa maman, elle va la dorloter voire balancer des berceuses comme si elle pleurait.

  1. 1.7. Silikoti (corde à sauter)

Il se joue le plus souvent à trois. Il s’agit de sauter par-dessus une corde maniée par deux joueurs qui en tiennent les extrémités et qui déterminent la cadence. Ils la balancent dans un mouvement circulaire tout en chantant :  » Silikoti, olingi okoti ya ofele ». Un troisième joueur commence à sauter au milieu, Le rythme au début est faible puis progressivement, il devient rapide. Un quatrième joueur peut s’introduire ainsi qu’une deuxième corde pour rendre le jeu difficile et divertissant. On est éliminé au moindre faux pas ou si on arrive pas à franchir la corde au bon moment. Ce jeu de société qui est un véritable sport améliore le rythme cardiaque.

  1. 1.8. Likolo

Ce jeu demande plusieurs participants. Celui qui est au milieu doit esquiver les balles en chiffon que lui lancent les autres tout en remplissant de sable la bouteille qu’il a en main. Une fois la bouteille remplie, l’interéressé doit continuer à esquiver les balles jusqu’à ce qu’il arrive à vider le sable contenu dans sa bouteille. Il est aussitôt éliminé si une balle l’atteint

 

 

  1. JEUX POUR GARÇONS
  1. 2.1. Petits poteaux

Lorsque les enfants jouent aux petits poteaux (partie de football sans gardien des buts) pendant la récré ou au quartier, ils ne le font pas du sport (peut-être par procuration) mais en réalité ils s’amusent. Le plus souvent, ils jouent pieds nus sur un petit terrain vague sans arbitre, sans limitation de temps de jeu, sans entraineur, sans public, sans pause. Ce jeu cultive la maîtrise du ballon, l’art du drible et la précision dans les passes décisives. Une partie de foot sous la pluie est un grand moment de bonheur que les ados ne voulent en aucun cas manquer. Une belle aubaine si la foudre ne vient pas gâcher la fête.

  1. 2.2. Course au cerceau

A défaut des vélos, le ados se servent des cerceaux dépourvus de leurs rayons pour se mesurer. Comme pour toutes les courses, il y a une ligne de départ et un point de d’arrivée. Les concurrents sont munis d’un petit batonnet lisse pour faire marcher le cerceau. Lorsque le go est donné, tous les concurrents se lancent pour la victoire.

       

 2.3. Orchestre ya manzanza

Kinshasa regorge de petits orchestres pour ados. Ceux-ci sous l’influence des grands noms de la musiques congolaise qu’ils écoutent à la radio ou voient à la télé créent des petits groupes musicaux. Avec leur esprit créateur. Ils se fabriquent des instruments de fortune avec les moyens de bord. Les objets de récupération font l’affaire. Les micros sont en boîtes de purée de tomate soutenus par des branchettes en guise de pieds. Les guitares sont fabriquées avec des boîtes d’huile. Sur la manche sont placés des fils des cables de frein de vélo appelés « miad » ou des fils en nylon nommés « singa Maurice » utilisés pour la fabrication des filets de pêche. Les casseroles usées sont utilissées comme batterie.

Malgré leur jeune âge, les apprentis musiciens ne chantent pas toujpurs les titres connus des grandes vedettes de la chanson congolaise. En imitant leurs modèles, Ces artistes en herbe composent souvent leurs propres chansons. Ils se produisent au coin d’une rue en exhibant des danses qu’ils ont eux-mêmes créées. Certains orchestres portent des noms. Avec la musique, ces enfants  se font plaisir en se mettant dans la peau de leurs modèles.

   

   2.4. Bili (jeu des billes)

Il existe diverses variétes de ce jeu qui se joue sur une terre dure. Une petite cavité d’environ 1 cm de profondeur est faite à l’aide d’une bille enfoncée en terre. Chaque joueur doit empêcher ses concurrents d’y introduire leurs billes en leur faisant la chasse. Celui qui réussit d’y introduire sa bille gagne la partie. Il reçoit pour récompense la bille de son adversaire. Parfois, c’est une ligne de départ qui est tracée. Certains ont une certaine maitrise du jeu. Leurs billes atteignent celles de leurs adversaires quel que soit l’endroit où elles se trouvent. D’autres frappent très fort contre les billes des autres que celles-ci se cassent en deux. Plusieurs termes sont employés notamment « bosse », « pas bosse » ou « du bon ».

 

   2.5.  Guerre

Un des jeux favoris des garçons. Se mettre dans la peau d’un soldat arme à la main et faire la guerre pour mettre les ennemis en déroute était une des occupations des jeunes surtout pendant les vacances. Le fusils factice est une pétiole du papayer. Elle est creuse à l’intérieur et a la forme d’un canon de fusil. D’entrée de jeu, le début des hostilités est donnée avec le cri « La guerre est commencée », lancé par un participant. La construction grammaticale erronée de cette phrase importe peu. Pour les enfants c’est un français correct. Puis, tout le monde se lancent dans la bataille avec son pétiole de papayer à la main. Quand on entend pan pan, cela veut dire que l’on a tiré sur quelqu’un. Ils se cacher pour ne pas se faire tuer. Les (fausses) victimes gisent à terre feignant le mort.

 

   

 2.6. Jouets en fil de fer et en makéké

Si les filles se sont seulement bornées à la confection des bana bitendi, les garçons ont excellé dans la fabrication de plusieurs sortes de jouets. Diverses matières premières sont utilisées. Pour les automobiles, il y a le fil de fer appelé « fidé » et le fil métallique très fin nommé « miad » utilisé pour attacher les différentes parties du véhicule en construcion. Une autre matière première est le carton. L’assemblage se fait avec le « badi » (foufou) qui fait office de colle. Il y a enfin le « makéké », palmier raphia dont les nervures séchées est la principale matière première qui entre dans la fabrication des voitures. Plusieurs autres moyens de transport n’ont pas échappé à l’attention de ces petits génies créateurs notamment l’avion et le bateau. Ces jouets fait maison permettent aux enfants de s’amuser tout en exibant leur savoir faire.

 

        2.7.  Toupie

D’abord il s’agit de fabriquer soi-même sa toupie. Une capsule d’une bouteille de  bière ou de limonade et une tige d’allumette suffisent. A l’aide d’un clou et d’un marteau, on perce un petit trou au beau milieu de la capsule. Ensuite, on y insère une tige d’allumette et la toupie est prête pour être utilisée. Elle se fait rouler avec l’index et le majeur sur une surface plane, une table, au sol  ou sur une paume de main. Elle peut même être retournée. La toupie est jouée seul ou à deux. Dans ce cas, il s’agit d’un duel entre les deux toupies qui vont s’entrechoquer. Le propiétaire de celle qui tombe perd la partie.

      2.8.  Jeu de bouchons

C’est une simulation du football. Les enfants tracent un terrain de foot en minature sur un sol plat. Les joueurs sont des bouchons que les enfants déplacent avec leurs doigts vers le petit ballon en plastic et tirent fort pour marquer des buts. Des tournois sont parfois organisés et les enfants choisissent leurs équipes et leurs joueurs.

 

  1. JEUX MIXTES    

3.1. Lipaté (jeu du loup ou du chat)

Quelqu’un est désigné comme le loup ou le chat. Ce choix fait de lui celui qui automatiquement a le lipaté. Il est contraint de courir après les autres jusqu’à ce qu’il réussisse à toucher un joueur qui illico le remplace en devenant le loup/chat. A son tour, il doit chercher à se débarrasser de son encombrant rôle de loup. Personne n’aime et ne veut dormir avec le lipaté et le loup fait de son mieux pour toucher quelqu’un afin que sa victime reçoive le lipaté tant redouté. Un vrai défi. La dernière personne qui a le lipaté à la fin du jeu est celui qui dort avec. C’est le grand perdant. Une chanson est alors entonée pour lui : « Mwana alali na lipaté, mutu ya nioka » (celui qui dort avec le lipaté sera hanté dans son sommeil par le serpent). Personne n’en voulait. Le lipaté est un jeu qui allie course et vitesse pour ne pas se faire attraper.

 

3.2. Kukulu (cache-cache)

Plusieurs enfants se cachent d’un autre qu’ils ont déjà désigné à l’avance. Celui-ci avant de commencer sa recherche chante ainsi à l’intention de tous les participants : « Kukulu elombe, mwana niawu elombe, kanga bato elombe, ye wane e kekele, azali koya e kekele, okangi ye ». L’ayant entendu, les autres joueurs courent pour se cacher.

 

Il existe encore plusieurs autres jeux car cette liste n’est pas exhaustive, nous pouvons encore ajouter le dada (jonglage) chez les filles. Si le « diemba » (balançoire)  et « nani akoti na bilanga na ngai » sont des jeux mixtes, il y a chez les garçons la chute (salto), la lance-pierre, les marionettes. Certains de ces jeux puérils ont été une source d’inspiration pour certains artistes-musiciens qui ont composé de belles chansons avec leurs noms comme titre.

Samuel Malonga

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