Société : Des matelas en brique, les Shegués en raffolent !

Les chantiers qui pullulent dans la capitale congolaise Kinshasa sont une aubaine pour une certaine catégorie des personnes. Les enfants de la rue communément appelés « Shegués » sont des grands bénéficiaires de ces espaces où l’on trouve des blocs des moellons pas encore exploités qui peuvent leur servir comme matelas pour s’allonger.

Un dodo à même des blocs de pierre


Profitant de la saison sèche durant laquelle l’on peut calmement passer la nuit à la belle étoile, ces garnements qui n’ont jamais connu un lit depuis leur naissance profitent des quelques heures sur ces morceaux de pierre pour fermer l’œil. Comme sur l’avenue Kabambare dans la commune de Kinshasa, l’on trouve plusieurs chantiers où poser sa tête comme le fils de l’homme.
Les jeunes filles privilégiées
Comme dans toute société les exceptions, si pas, les avantages ne manquent pas, les jeunes filles, contrairement aux jeunes garçons qui traînent sur les blocs, passent la nuit dans les locaux inachevés de ces chantiers souvent accompagnées par d’éventuels clients qui viennent généralement des bistrots d’à côté après un temps de beuverie. C’est ce que l’on pouvait entendre de « Mbuta Longo », une sentinelle trouvée sur place :
« Ça fait mal comme parent mais que voulez- vous, ces jeunes filles se livrent d’elles- mêmes, c’est leur gagne-pain quotidien. On ne sait, généralement pas, d’où elles viennent. Elles se recrutent entre elles car, une fois qu’un groupe retrouve un endroit assez sécurisé comme celui-ci où il n’y pas de dérangement de leurs aînés les Kuluna, elles font appel aux autres. Qui font ces enfants ? Où est l’Etat dans tout ça ? On ne comprendra jamais rien. Moi, j’ai besoin de ma shikwague, qu’est- ce que je dois encore chercher, moi qui ne suis même pas payé. Je dois moi-même me faire payer. Disons que je suis un vieux Shegué moi aussi car à la fin des travaux, je plierai mes effets pour aller voir ailleurs car le patron aura besoin des agents de service de gardiennage. C’est comme ça que ça se passe ici ».
Et de la protection des faibles d’esprit et des mineurs ?

Des mineurs à proteger


Le législateur congolais a prévu quelques dispositions protégeant les faibles d’esprit et les mineurs. Cependant, toutes ces dispositions d’encadrement ne sont nullement mises en application. L’Etat congolais a le devoir de protéger des personnes qui présentent quelques faiblesses sur le plan intellectuel et des enfants qui n’ont pas encore atteints l’âge adulte. En République Démocratique du Congo, la loi sur la protection de l’Enfant a été adoptée en 2009. Elle vise à améliorer l’application des droits de l’enfant, en général, et, en particulier, ceux des mineurs en conflit avec la loi. Cette loi met également en avant la médiation. Cela permet d’épargner l’enfant des inconvénients d’une procédure judiciaire et de contribuer ainsi à la réinsertion de l’enfant en conflit avec la loi.
Quant aux incapables ou faibles d’esprit, il faut noter que ces personnes privées de l’autorisation légale d’exercer un droit ou d’en jouir l’on compte aussi des mineurs qui ne peuvent pas exercer eux-mêmes leurs droits.
Un mineur ne peut pas vendre sa propre maison, par exemple. Il est clairement établi par le législateur congolais que les mineurs dont les pères et la mère sont inconnus, les mineurs abandonnés, les mineurs orphelins sans famille sont placés sous la tutelle de l’Etat. Ils sont appelés « pupilles de l’Etat ».
Devant ce constat amer, il y lieu de déduire que l’Etat congolais reste toujours et encore trop redevable et démissionnaire. S’il faut parler de l’Etat de droit, cela devrait commencer par des petites choses dont la prise charge de ces pupilles en créant des foyers pour comme à l’époque de Mobutu et non une guerre pour le positionnement. L’Etat de droit devrait commencer par le respect des droits de cette catégorie des personnes surtout quand on sait que les ministères appropriés ont tout un budget destiné à ces derniers.
Et les fondations comme Denise Nyakero ne devraient-elles pas penser à ces enfants en leur donnant un petit morceau des matelas que l’on peut facilement trouver dans quelques usines de fabrication de la place. Le social devrait passer avant l’octroi des trophées comme c’est le cas partout maintenant.
Vivement « Le peuple Alors ? ».
Sam Nzita

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