Remaniement: F. Tshisekedi devant un choix cornélien

*Le chef de l’Etat est écartelé entre les contraintes socioéconomiques et les impératifs politiques. Réduire la taille du Gouvernement pour faire des économies ou l’ouvrir de manière à élargir sa base politique en cette année électorale…

L’Observatoire de la dépense publique (ODEP) a fait des propositions choc pour réduire le train de vie de l’Etat qui siphonne des millions de dollars chaque mois pour payer ministres, gouverneurs, députés, sénateurs et leurs très nombreux collaborateurs. Le PCA de l’ODEP, Florimond Muteba, a présenté ce projet de réformes des institutions hier mardi 7 février au cours d’une conférence de presse. A l’heure où on attend le remaniement ministériel, la question est de savoir si cette étude de l’ODEP peut aider le Chef de l’Etat à mieux ajuster le Gouvernement.

La Présidence coûte trop cher  au Trésor public. A ce niveau,  l’ODEP propose la suppression de tous les services dont les activités relèvent par nature des ministères ou des agences gouvernementales, comme le complexe agricole de Kanyama Kasese et tant d’autres.

S’agissant du cabinet du Président de la République, l’ODEP suggère de mettre en place  une structuration plus simple, à savoir : un directeur de cabinet,  un seul directeur de cabinet adjoint, un conseiller spécial en matière de sécurité, la maison militaire, la maison civile, le secrétariat général de la Présidence de la République pour gérer l’administration.

D’après les propositions faites par l’ODEP, le collège des conseillers du Chef de l’État doit compter  6 équipes : l’économie et les finances,  l’éducation et la formation,  les infrastructures, la santé et la sécurité sociale,  l’environnement, la politique et la diplomatie.

L’Observatoire de la dépense publique  ne s’arrête pas là et suggère  également la fin de l’utilisation abusive de la liste civile avec son extension à la prise en charge des membres de la famille présidentielle.

Pour cette étude, l’ODEP a prévu également des seuils de rémunération.  La tension salariale pour les institutions publiques oscille entre 300 et 6000 dollars américains. Elle préconise dans la foulée la réduction du salaire du président de la République à 5.000 USD contre 6.000 pour le premier ministre.

« La tension salariale dans toutes les administrations devra être fixée de 300 USD pour le salaire le plus bas à 6.000 USD pour le salaire le plus élevé, c’est-à-dire celui du Premier ministre, chef du gouvernement. Le salaire net du président de la République sera de 5.000 USD par mois« , propose l’étude.

Outre la réduction sensible du personnel de cabinet du président de la République et du Premier ministre, l’ODEP propose aussi la réduction de la liste civile du chef de l’État à 2,4 millions de dollars par année, soit 200.000 USD par mois, en lieu et place de 12 millions que cela a coûté au trésor public en 2022, soit un million par mois.

Sur le même registre de salaire, l’ODEP souhaite qu’une place de choix soit accordée au secteur de l’éducation et de la santé. Selon cette étude, pour le corps enseignant du primaire ou du supérieur, la tension salariale devrait se situer de 500 USD pour le salaire le plus bas à 4.000 USD pour le professeur ordinaire au niveau de universités.

Les administratifs du secteur de l’éducation resteront dans la tension salariale de base avec un minimum de 300 USD pour le salaire le plus bas, souligne l’étude. Les administratifs du secteur de la santé, eux, pourront toucher entre 300 USD et 3.500 USD pour les secrétaires généraux.

Combat porté par Sesanga à l’Hémicycle

Le combat pour la réduction du train de vie de l’Etat est porté depuis plusieurs années déjà dans les travées de l’Assemblée nationale par leader d’Envol  Delly Sesanga.

 « La réduction du train de vie des institutions est un impératif, dit-il. Cela suppose un renoncement de la classe politique aux privilèges qu’elle s’est indûment octroyés. La classe politique doit cesser de considérer les fonds du Trésor comme son argent de poche. Et l’exemple doit venir du président de la République et du Parlement. À eux de faire preuve de leadership« , martèle le leader d’Envol.

Pour Delly Sesanga,  » les faiblesses de la situation budgétaire de notre pays expliquent largement l’inefficacité de l’État et son incapacité à mettre la RDC sur l’orbite de développement. »

À en croire Florimond Muteba et Delly Sesanga, la réduction du train de vie des institutions pourrait permettre à l’État d’économiser plusieurs millions de dollars. Et de mettre enfin en œuvre la gratuité de l’enseignement de base, la prise en charge de la santé maternelle, néonatale et infantile, ou des investissements dans le secteur de l’agriculture… Des promesses souvent faites, mais rarement tenues.

« Le président de la République a le pouvoir de réduire notamment la taille du gouvernement central pour montrer qu’il veut concrétiser ce projet de réduction du train de vie des institutions politiques« , insiste pour sa part l’Observatoire de la dépense publique.

Au moment où les Congolais attendent le remaniement ministériel, l’étude de l’ODEP peut-elle aider Fatshi à ajuster le gouvernement ?

Début janvier 2023, le Chef de l’État a réduit le collège de ses conseillers, passant de 17 à 13. Le Président de la République peut-il aller au bout de ce qu’il a commencé, alors qu’il est écartelé entre les contraintes économiques et politiques?

Depuis la rupture avec le FCC, il y a des gens avec lesquels Fatshi chemine, et qui attendent d’être casés. Surtout en cette année électorale. Va-t-il prendre le risque de réduire la taille du Gouvernement sachant qu’il va créer des mécontents?

Sur le plan économique, la facture de ce que coûtent les institutions au Trésor public est trop salée. Et donc on ne reprocherait pas au Chef de l’Etat d’avoir privilégié la réduction de la taille du gouvernement.  Dans les deux cas, Fatshi se trouve devant un choix cornélien. 

Didier KEBONGO/Forum des As

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