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Page d’histoire:Qui était MINGIEDI MBALA N’ZETEKE?(illustration audio)

Il était  connu à Kinshasa comme commerçant. Tenancier, le bar qui portait son nom était parmi les mieux cotés de la capitale. Si Daring avait Maître Taureau, V.Club avait Mingiedi Mbala. Comme son pendant vert-blanc, il ne lésinait pas sur les moyens quand il s’agissait de son équipe chérie ou de ses convictions politiques. Luambo Makiadi l’a même immortalisé dans un titre en kikongo en 1961 sûrement pour tous les services rendus au club vert-noir. En réalité, « Mingiedi » est la déformation en kikongo du prénom portugais Miguel, Michel en français. Par contre, « Mbala » est un patronyme pour garçon qui a plusieurs significations en kikongo. Il veut tour à tour dire « patate douce », « civette », ce petit mammifère à poche contenant une matière odorante dont on tire un parfum, et chef. En effet, c’est ainsi qu’était autrefois nommé dans certaines tribus kongo le responsable du camp d’initiation où les jeunes garçons étaient circoncis. 
Samuel Malonga

Mort à l’âge de 101 ans, il a laissé 31 enfants, 105 petits-enfants, 35 arrières petits-enfants ! Mingiedi Mbala, l’un des grands donateurs de V. Club.

Le lundi 18 octobre 1993 s’est éteint l’un des grands véclubiens de tous les temps qui, dit-on, avait un pouvoir réel sur V. Club, en l’occurrence Mingiedi Mbala. Oui, celui qui avait consacré toute sa vie pour le Club vert-noir est mort à l’âge de 101 ans. Un siècle et une année de vie humaine. Il faut le faire !

Ce sont des vieux (de Léopoldville) Kinois qui se souviennent de ce sage qui, lorsque son équipe battait le Daring des années 1954 – 1958, n’hésitait pas à brader le prix de la bière dans son propre bar (de 12 à 1 Franc). Par contre, lorsque le club perdait face à son éternel rival, on voyait le même Mingiedi Mbala furieux, nerveux, battant épouses et enfants, à tort et à travers. Car, cet amour envers V. Club était simplement viscéral.

Sa brève biographie.

Il est né en Angola en 1892 de Pedro Kumbi, son père et de Makumbu, sa mère. C’est en 1924, quand il avait encore 32 ans qu’il est arrivé à Léopoldville. Mais, depuis 1923, il était déjà dans le commerce en effectuant des navettes entre Thysville (actuel Mbanza-Ngungu), Matadi, Léopoldville et Pointe Noire au Congo-Brazza, C’est ainsi qu’il sera pendant quelque temps à Mbanza-Ngungu, au quartier Marsavco, d’abord comme boy-maçon, ensuite, il ouvrira un petit bar, achètera trois parcelles, tout en s’occupant d’un petit club de football.

En 1925, il devint plus sédentaire et se fixa au n°64 de la rue Kabambare, dans la commune de Kinshasa. Frappé par le déguerpissement décidé par le pouvoir colonial, il fut relogé sur Lokolama n°A/1 au quartier Renkin (actuel Matonge), parcelle qu’il vendit ensuite pour acheter celle sise sur 80 rue Banalia dans la commune de Kasa-Vubu, où il va monter une salle de cinéma. Son domicile, sur la rue Lukandu, deviendra la véritable permanence des Véclubiens, une place forte où se réglaient la plupart des différends au sein du club. C’est en 1947 qu’il adopta V. Club dont il devint l’un des grands donateurs. Tous les Véclubiens lui vouaient un culte propre aux magiciens car, disait-on, Mingiedi Mbala pouvait augurer de bonnes comme de mauvaises choses pour le club et cela se réalisait. Il n’était pas féticheur mais c’était sa sagesse et son esprit visionnaire qui faisaient sa force !


C’est de son temps que l’on a connu les joueurs devenus vieilles gloires comme : Tenta, Nkewa, Monguba, Bekao, Mpeti Philémon, Pety Wetch, Moke Maurice, Ngina Henri, Ezando, Mayokenda, Enkoti, Akwete, Assaka, Erumba, Mondenge, Mokuna Trouet, Da Silva, Nsundi, Kopa, Nkodia, Lokombe, Mayama Braine, Bula Cyprien, Croquez et tant d’autres. Tous gardent de lui un souvenir paternel, car il les considérait comme ses propres enfants. Mingiedi Mbala ne fut pas rancunier. En effet, lorsque son bar fut pillé en 1990 avec les boutiques de ses locataires par les supporters véclubiens parce que disaient-ils, c’est lui qui était à la base des malheurs de V. Club, il n’en fit pas un drame.


Grand financier des partis politiques et des orchestres kinois.

Mingiedi qui fut l’un des grands commerçants ne s’intéressa pas seulement au sport mais aussi à la politique et à la musique. C’est ainsi qu’en 1958, il contribua efficacement au financement de l’ABAKO. (Alliance des Bakongo). Est-il besoin de souligner que c’est encore lui qui paya les honoraires de Me Croquez de célèbre mémoire, l’avocat français qui défendit à la barre les intérêts de Kasa-Vubu et de ses codétenus de l’ABAKO après les événements du 4 janvier 1959 ! Bien qu’Angolais, Mingiedi Mbala contribua à la libération du peuple congolais contre l’oppresseur belge. Car dans la logique du peuple Kongo, il fallut d’abord libérer le Congo, puis l’Angola dans la perspective de la restauration du royaume Kongo. En 1964, Mingiedi Mbala épaulera financièrement l’ALLIAZO (Alliance des Bazombo) qui, plus tard devient PDA (Parti Démocratique d’Angola) qui fusionna avec l’UPA (Union des Peuples d’Angola) pour former le FNLA (Front national de Libération d’Angola).

Il voulait être inhumé en Angola mais…

Bien qu’ayant passé pratiquement toute sa vie en République Démocratique du Congo, Mingiedi Mbala N’Zeteke n’avait jamais renié son pays d’origine. Son souhait fut que la paix revienne en Angola. Si tel était le cas, il devait être inhumé chez lui en Angola avec pompe mais hélas…La paix tardant à venir, il a autorisé dans ses dernières volontés qu’il soit inhumé en République Démocratique du Congo et c’est ainsi qu’il fut inhumé au cimetière de la Gombe.

Il a laissé une grande progéniture : 31 enfants et 105 petits-fils. Mingiedi Mbala fut un homme comblé car il a vécu ce que Franco a chanté dans une de ses œuvres : « Elengi ya mokili bima suki ya pembe, otalaka bakoko… » (la joie de vivre, c’est lorsqu’on a des cheveux blancs tout en admirant ses petits-fils). Polygame (3 femmes), il a eu 31 enfants qui sont encore en vie. Ces enfants lui ont donné 105 petits-enfants qui, à leur tour, ont généré 35 arrière-petits-enfants et 5 arrière-arrière-petits-enfants.
Avant de mourir, il a prodigué à toute sa progéniture un conseil d’or : « Aimez-vous les uns les autres et soyez bons, gentils, accueillants comme je l’ai été moi-même ».

Véclubien à outrance, Mingiedi Mbala imposa les couleurs vert-noir à tous ses enfants et petits-enfants. « Sur ce point, il fut un dictateur », nous dira l’une de ses filles. Christian Ngudikama Emmanuel Kila (un des petits-fils) joue pour le moment dans l’A.S. V. Club pour honorer, selon lui, la mémoire de son grand-père.

La Conscience/mbokamosika.com

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